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Quand on parle du loup...

Une étudiante alsacienne et un scientifique russe. Un homme de la nature et une fille de la ville. Point commun ? Une station biologique dans la forêt boréale. Portraits croisés de Laëtitia Becker et Vladimir Bologov, au milieu des loups.

Ce pourrait être l’histoire d’un louveteau pas comme les autres. Un certain Ioakim. Le petit est né à l’automne et hurle comme un damné.

Pour l’heureux événement, les deux parents ont quitté la forêt de conifères et ils leur tardent d’y revenir. Leur vraie tanière est là-bas, pas en ville ni nulle part ailleurs.

 

Pourtant, elle est franchement nulle part, leur tanière. L’antre de mère louve est à trois fuseaux horaires d’elle.

A Strasbourg, précisément à l’orée du Pourtalès, un endroit de triste mémoire. « C’est là que j’ai grandi, à promener nos grands chiens dans le parc ».

 

Histoire de hurlements

 

Le repère de père loup est plus près, lui, mais aussi dans un autre monde. Moscou, sa pollution, sa promiscuité.  

« Heureusement que j’ai quitté la capitale jeune ». A l’âge où l’une cajolait ses animaux de compagnie, l’autre goûtait à la vie sauvage.

 

Dans la taïga, il chasse, pêche, pousse à 13 ans ses premiers hurlements. « Avec réponses à la clé cinq ans plus tard », se souvient-il. Aujourd’hui, il est l’un des plus éminents spécialistes mondiaux du loup.

Elle, les yeux bleu délavé, le visage poupin mais endurci, parle de son cursus sans histoire, de sa prépa vétérinaire. De ces études de biologie qui vont lui changer la vie.

 

Laëtitia Becker a le sourire de la mère heureuse. Vladimir Bologov les gestes du père protecteur. Très bientôt, Ioakim sera chez lui. Comprenez chez eux, à mi-chemin entre Moscou et la Lettonie, à trente kilomètres de la première ville -Toropets-.

C’est là, dans un parc national, un hameau fantôme et une station biologique que Vladimir a créé en 1993 un centre de réhabilitation de louveteaux orphelins.

 

C’est là surtout que l'Alsacienne atterrit pour un stage d'éco-volontariat. Coup de foudre. Retour en juin 2005. Elle n'en partira plus. Sa thèse sur la réintroduction de loups élevés en captivité prend forme dans la vétusté d'une isba centenaire.

« Mes parents se doutaient qu’un jour ou l’autre, je finirais dans un endroit de ce genre ». Un endroit où l’eau se cherche à la rivière, où le portable est aussi utile qu’une planche de surf. « J’aime la simplicité ». Sans blague…

 

Biologistes attentifs, ardents défenseurs

 

Pour Becker et Bologov, la vie au milieu des loups vaut tous les sacrifices. En six ans, la station a reçu de zoos et chasseurs russes plusieurs dizaines de jeunes canidés.

« Nous leur offrons l'espace pour qu'ils apprennent la vie sauvage d'eux-mêmes ». Observation, études comportementales, expériences, la science de terrain s’évalue en milliers d'heures.

L’œil est rusé, le regard bleu perçant, l’assurance digne d’un chef de meute, Vladimir raconte : « je l’ai testé, un loup peut tenir trois semaines sans nourriture ».

 

Puis, dans un anglais à l’accent toujours plus slave : « il faut toujours avoir en tête qu’un loup n’est pas un chien. Pas plus ou moins intelligent, mais différent. A chaque instant, même sans y avoir été éduqué, il pense à chasser, à tuer, à survivre. Mais il n’est pas particulièrement dangereux pour l’homme ».

Dans une Russie où le loup est considéré comme nuisible, Bologov avance à contre-courant. Rien n’arrête pourtant sa quête. Depuis 15 ans, il fait des films, beaucoup de films, dont un avec la chaîne CNN.

Pour lui, réussir le relâché de loups qui ont grandi en captivité, c’est possible. Pour lui, pour elle, protéger l’espèce en Russie, c’est nécessaire.

 

Direction la Carélie et ses 60.000 lacs. A 17h de voiture de la station. Une zone militaire. C’est là, l’été dernier et sur une île, que Laëtitia Becker a rédigé sa thèse. « Loin de tout, proche des loups, quoi de meilleur ? » La vie au jour le jour. Les nuits dans une cabane.

Pendant ce temps, Vladimir Bologov a étudié l’évolution de six louveteaux issus du zoo de Iaroslav. Les deux scientifiques se voient bien changer de camp de base et s’installer ici, à la frontière finlandaise, avec leur louveteau Ioakim.

Il se murmure que des chercheurs suédois aimeraient bien collaborer. Et profiter de leur incroyable expérience…

  

 

 

 

Laëtitia Becker a fondé l’association Lupus Laetus pour réunir des fonds et soutenir financièrement le programme de réhabilitation du louveteau orphelin et le fonctionnement de la station biologique. 

 

 

 

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