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Le "paysartiste" et ses jardins secrets

De Saint-Vérand à Fermoy, du Beaujolais à l’Irlande, Marcel Lehmann s’est construit une vie hors des sentiers battus. Itinéraire artistique d’un jardinier qui vit chez ses livres…

A l’écouter, on croirait lire du Giono. La Chasse au bonheur revisitée. Entre passé, présent et futur, des histoires et des personnages ressortent, des passions défilent, des aventures se dévoilent. Atterri en Irlande il y a tout juste vingt ans par un ferry venu du Havre, avec comme essentiel attirail une collection de livres, Marcel Lehmann n’a rien de l’expatrié classique. Lui, le Lyonnais à la descendance alsacienne, a choisi de se poser dans l’intimité d’une bourgade de 2.000 âmes sur la rivière Blackwater (rien à voir avec le fameux centre d’entraînement militaire américain…). Fermoy, non loin de Cork (NDLR, la deuxième ville d’Irlande, au Sud-Ouest de l’île), a donc sa Bigoudenne -une crêperie tenue par un couple de Bretons- et son paysagiste.

 

Artiste…

 

L’homme s’extirpe de sa maison ancienne, très agréablement ancienne, pour venir au devant du visiteur. Le ton est donné. A l’écart du centre-ville, déjà pas excessivement bouillonnant, il vit depuis six ans dans une quiétude qu’il juge sobrement « idéale ». La pièce d’accueil est, selon, un délice pour les yeux ou un cauchemar pour maniaque du rangement. Des livres, des livres, de tous formats, au repos sur, notamment, un cadre d’étagère en forme de but de football. « Dans » le but, un tableau, une lampe et encore des livres. Tournez la tête et vous tiquerez sur de surprenantes créations : l’hôte s’est mis depuis peu à travailler les fils de cuivre. S’ensuivent une série de profils et silhouettes de personnages, d’animaux, d’objets. Et des devinettes, pas forcément évidentes, pour mettre un nom sur chaque sculpture… « A vivre sans passion, on se dessèche », sourit Marcel Lehmann. « Même si mon horizon n’a rien de nuageux, je me tiens toujours prêt à rebondir ».

 

…et lecteur

 

Sur la table du salon et dans l’escalier, détails surprenants, une liste de lectures et une « galerie » de citations, de Zweig à Rostand. Voilà des détails qui n’en sont pas. Si Marcel Lehmann passe du temps à façonner les jardins d’autrui, il en passe probablement davantage à lire. A partager, comme il dit. « Quand on lit, on se demande pourquoi on n’a pas trois ou quatre vies. C’est épuisant ». Gary, Kessel, Tolstoï, qu’il cite dans La Tempête de neige, lui sont proches. La littérature anglo-saxonne aussi, de l’acidité américaine de Flannery O’Connor aux poésies irlandaises de William Yeats. Il se rappelle avec délectation avoir assisté à une représentation d’« En attendant Godot » au Gate Theatre de Dublin. Et si le lecteur assidu passait de l’autre côté de l’ouvrage et décidait d’écrire ? Il réfléchit un moment, évoque la page blanche. D’évidence, l’idée lui a déjà traversé l’esprit. Il n’en confiera pas plus. L’univers intriguant par Marcel Lehmann, sûr qu’il y aurait à rédiger.

 

Retour à la terre ?

 

Au-delà de ses jardins littéraires secrets, notre Frenchie de Fermoy œuvre dans le concret de ses clients et de leurs jardins respectifs. Le paysagiste se veut le jardinier de particuliers fidèles à ses services depuis plus de dix ans. D’un politicien local à un ancien directeur d’école, d’un docteur à cette madame Malcom, une amie récemment décédée, chaque client est source d’échanges et de témoignages. « Le jardinage, c’est du contact ; je veux que les gens comprennent mon travail, qu’ils soient dehors avec moi, qu’ils vivent avec leur jardin ». Comme toute l’Irlande, il a subi la crise ; le boom économique avait dynamisé la région, les temps difficiles doivent selon lui servir à redécouvrir la vie au jardin. Un retour à la terre pour sortir le paysagiste du calme de ses derniers mois, en quelque sorte. Au cas où, Marcel Lehmann pourra toujours reprendre ses aventures initiées en service à Djibouti -« le matin à l’état-major, l’après-midi à la rencontre des autochtones »-. Ou revenir dans le Beaujolais et mettre son intérêt pour l’histoire au service des châteaux de Saint-Vérand, son village, en souvenir de ses jeunes étés passés à restaurer celui bâti par Viollet-le-Duc. Sauf qu’en attendant, la romantique verdure irlandaise continue d’apporter stabilité et satisfactions à notre expatrié de longue date. Pour tout cet impalpable que sa terre d’adoption ne peut lui fournir, nul doute qu’il ne cessera de tourner les pages pour le trouver. Car « vraiment, mais vraiment, je ne pourrais jamais comprendre ceux qui ne lisent pas… »

 

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