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PH, par amour du bois

Portrait de PHILIPPE HETIER - Il était une fois l’histoire pas banale d’un jeune Franc-Comtois de bonne famille venu faire sa vie dans la ruralité irlandaise. Du compagnonnage à la reprise d’une entreprise de menuiserie haut de gamme, d’Arbois à Bennettsbridge, zoom sur le « cas » Philippe Hétier.

« Oui à la matière noble, à la complication, au contemporain fabriqué à l’ancienne ! Le reste, on s’en fout… » Irréductible ? Péremptoire ? Certes, mais surtout inclassable, comme peut l’être un surfeur en train de travailler une bille d’orme. Au fond de son atelier, lui-même aux confins d’une bourgade au fin fond du comté de Kildare, Philippe Hétier aime à se sentir différent. Son jeune parcours -il n’a que 31 ans- confirme cette tendance à l’anticonformisme. Dans une intransigeante quête du bonheur, le garçon du Jura n’a pas fait de détails. Mais en se donnant les moyens de ses ambitions, il parvient, semble-t-il, à toucher au but…

 

A tâtons vers le bois

 

Tout commence en Arbois, sur les bords de la Cuisance, « dans le bon terroir quoi ! » L’enfance hyperactive de ce fils d’enseignants n’est jamais très loin de déraper. Surtout, elle est marquée par son dégoût pour l’école. « Les études, c’est bien, l’éducation c’est encore mieux » : sûr de lui et fort de « sa » doctrine, Philippe Hétier lâche le monde scolaire à six mois de passer son bac. La rupture brutale qui en découle est l’effet (in)consciemment recherché. « Je suis immédiatement parti travailler à Lyon, au sein d’une association pour personnes autistes ». L’expérience fait long feu, ainsi qu’une expérience en grande surface du sport à Bordeaux. A 21 ans, Philippe découvre le monde du compagnonnage et attaque un apprentissage. Il opte pour la menuiserie par amour du bois, « matière magnifique, concrète et chaleureuse ». Les fils du cocon familial sont définitivement rompus. L’aventure avec l’association ouvrière des compagnons du devoir commence au Cap Ferret et s’enchaîne à Poillac…dans les volets. « La répétition m’a appris la précision, la rapidité, l’organisation, chez un patron « illuminé du bois » qui m’a fait aimer la menuiserie pure et le compagnonnage ». Place au fameux tour de France, bientôt élargi…

 

L’Irlande en deux temps

 

En 2002, il goûte à une Irlande en plein boom économique. On l’envoie chez Keith Mosse, un artiste du bois perdu à Bennettsbridge, entre Dublin et Kilkenny. L’entreprise est florissante, le patron fait confiance, la paie suit. Et le menuisier en formation découvre que la côte occidentale de l’île compte quelques-uns des meilleurs spots de surf en Europe. Le retour sur terre et à la vie communautaire n’en est que plus dur ; comme tout compagnon qui se respecte, Philippe doit réaliser son chef d’œuvre. Mission accomplie à Bruxelles, après un trimestre et 650 heures de labeur acharné sur une porte toute en ellipses. A l’assaut du marché du travail, il choisit de rester dans la « famille » en devenant professeur à la maison des compagnons de Brest. « Quitte à être peu payer, autant que ça l’ait été pour donner son savoir », sourit aujourd’hui Philippe Hétier, pince-sans-rire et résolument blasé par le système français. L’immersion bretonne ne dure qu’un an, divergences d’opinion obligent. Irréductible, isn’t he ? Surtout, l’envie de repartir sur l’île verte se fait plus forte. Keith Mosse a toujours besoin de lui, lui offrant une rémunération qui va le faire voyager au bout du monde sur ses congés. Mieux, il finit par, vraiment, se poser.

 

Chef d’entreprise

 

Le gentil rebelle tombe sur son âme sœur, « une avocate irlandaise qui m’a mis la bague au doigt en trois ans et demi, une fille aux antipodes de celle que je pensais pour moi ». Sa moitié lui monte même les statuts d’une entreprise de négoce en bois, pour sortir de la filière irlando-irlandaise ne fournissant que trop de la matière « deuxième choix ». Son bois viendra désormais du continent, surtout de France et d’Italie. « Mon frère, juste sorti d’une école de commerce, a accepté le challenge ; aujourd’hui, The Art of Wood -le nom de la société- a pris son envol et plus vite que prévu ». En parallèle, Philippe Hétier change de statut professionnel : non sans tensions et tergiversations, son patron Keith Mosse se retire en Australie et lui vend son entreprise, KM Bespoke Furniture Ltd. Le voilà, seul, à la tête d’une société réputée pour la qualité et la finesse de ses créations. Seul, et devant le mur de la crise économique. « A la reprise, j’avais huit mois de travail en perspectives », se rappelle le Franc-Comtois. « Quelques jours plus tard, trois mois de commandes ont été annulés ». Depuis, quelques commandes de cuisines, tables et ensembles de meubles le font surnager. Mais le créneau du très haut de gamme place sa gamme artisanale hors du budget du commun des mortels irlandais frappés de plein fouet par la crise.

 

Et demain ?

 

Pas question pour autant de changer de cap. Philippe Hétier fait et fera dans la matière noble et pas dans le mélaminé, dans l’élitisme et pas dans le « panneau en poussière ». Dans son bureau, entre une carte de France et un calendrier Guinness, il perpétue fièrement ce que son ancien patron avait initié. Ainsi, il a ouvert les portes de son atelier de Bennettsbridge à un jeune compagnon venu d’Alsace, à qui il relaye son amour du bois et de la perfection « faite main ». Mieux, il fourmille de projets : agrandir son lieu de travail, monter un groupement de partenaires, accoler ses initiales PH au nom de sa société. Entre autres…

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