NEWS
PDF
Imprimer
A- A+
Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur LinkedIn

Psychanalyse d'une globe-trotteuse

Famille, amis, Amérique, Katie Rowbottom a tout mis de côté. Autant pour connaître les autres que pour se découvrir elle-même. Tranche de vies, entre deux valises…

Ne lui parlez pas du rêve américain. Elle vous expliquerait pendant vingt minutes son incompréhension devant ces repas expédiés en un quart d’heure. Elle vous persuaderait qu’une enfance dans l’hypothermique Milwaukee n’a rien, mais alors vraiment rien, d’idyllique. Elle vous argumenterait qu’une société sans grévistes fait pâle figure face à une nation bouillonnant de protestations fraternelles.

Catherine Rowbottom l’Américaine n’est pourtant pas tombée dans une potion de dénigrement bête et irréfléchi. Tombée amoureuse, plutôt. De la France, du haut de ses 24 printemps. Sa courte histoire n’a rien d’exceptionnel. Sa vie ne recèle d’aucun détail incroyable ou fascinant. Pas de prince pour Kate, pas de détour par Harvard non plus. Juste un bout de femme interceptée au cœur d’un voyage initiatique pas banal.

 

Il y a d’abord Paris, forcément. Trois semaines de tourisme avec deux copines, sac au dos. Deux heures avant le vol transatlantique retour, le trio perd Rowbottom, qui choisit de rester. « J’avais la sensation d’avoir trop à en apprendre pour partir », commente aujourd’hui l’intéressée, dans un français fluide. Qu’à cela ne tienne, elle goûte à la France d’en haut. XVIe arrondissement, famille bourgeoise, l’Américaine se mue en fille au pair.

Malgré sa minuscule chambre de bonne, elle voit la vie en rose. Visites, découvertes, rencontres, rien ne l’arrête. Pas même la distance avec ses quatre sœurs cadettes, qu’elle suit de près sur Skype. Le voyage comme manière de s’émanciper d’un statut d’éternelle baby-sitter, voilà qui mériterait une étude sociologique approfondie ! Sans perspectives d’emploi après ses études de management, Rowbottom n’a pas fait les choses à moitié. Après Paris, place à la Corée du Sud.

 

La joueuse de clarinette aux solides épaules -elle a fait de l’aviron à la fac- et à la rousseur qui fleure bon le Connemara se mue en enseignante d’anglais dans une école de village. L’envie de tester sa capacité à partager, à communiquer. D’évaluer aussi sa véritable ouverture d’esprit. L’Asie qui s’ouvre à elle lui fait réaliser sa préférence pour la vie à l’européenne. « J’ai alors postulé à un programme d’assistante de langues et indiqué Strasbourg comme premier vœu ». A l’automne 2010, elle hérite d’un poste dans un lycée de Mulhouse. Ses élèves lui demandent ce qu’une jeune Américaine peut bien faire là.

Surprise, elle tombe sous le charme d’une région pas si différente ni moins germanique que son Wisconsin natal. Mais surtout de l’histoire industrielle d’une ville trop souvent dénigrée sans merci. Entre deux cours, elle passe son temps à l’office de tourisme à accompagner le lancement d’un réseau de greeters. Elle en trouve, du temps, pour filer  à Berlin, en Ecosse, à Reims, à Hambourg. Sa mère, une artiste-peintre reconnue dont les parents ont vécu en Alsace, vient à sa rencontre. Mais sans la convaincre de rentrer au pays. Quoique…

 

En phase avec la vie française, elle ne parvient pas non plus à l’adopter totalement. La faute, selon elle, à cette difficulté à s’engager (« commitment problem ») qui lui colle à la peau comme des moustaches à un chat. Résultat, finances à sec obligent, Rowbottom se voit bien à nouveau fille au pair, en France, en Allemagne ou en Suisse. Et craque finalement à l’appel américain d’une famille de Cape Code (en français, le cap aux morues…), au royaume des fortunés et de la biodiversité. « Une étape avant, peut-être, un visa de travail au Canada ». Ou un autre projet. En tout cas, de son cap, elle jure (sur son blog qui, franchement, mérite un coup d’œil) apercevoir la Tour Eiffel.

Montréal la francophone l’attire, au moins autant que l’Irlande d’où a émigré son grand-père paternel. La route de l’introspection n’est pas terminée. Sûr qu’elle pourrait fort bien passer à nouveau par cette France chérie. Quand Katie Rowbottom, comme à coup sûr tant d’autres modestes mais rafraîchissants aventuriers à la recherche d’eux-mêmes, en aura assez vu pour poser ses valises sereinement. Et définitivement.

 

 

Photo et texte © Planet Portraits, toute reproduction sans mention du site planetportraits.fr est interdite.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour ajouter un commentaire.

 

 

 

 

Afficher les articles par tag

Lunettes solaires, Visiofactory.com, l'Optique à prix d'usine !
Soutenez Planet Portraits sur J'aime l'info

Page

Votre compte

Liens