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Mille milliards de mille...sabots !

Son atelier est un musée vivant. Son savoir-faire une rareté recherchée par les cliques du prestigieux carnaval de Bâle. Voyage dans l'intimité artisanale d'André Gaignat, le dernier sabotier de Suisse...et d'ailleurs.

« Le métier, on l’a dans les pattes ou on ne l’a pas ».

En d’autres termes, pas moyen de l’apprendre dans les livres. A vrai dire, personne n’en doutait, mais André le confirme. Les sabots, il les a bien plus qu’aux pieds. Dans le sang, depuis sa tendre enfance. A l’époque, protecteur avec le benjamin d’une fratrie de douze, le père ne veut pas qu’il touche aux outils. Qu’à cela ne tienne, il regarde faire. Et profite de chaque fin de dîner familial pour filer à l’atelier et bricoler quelques sabots. Vite, très vite, il s’amourache de l’ambiance, de l’odeur des lieux. Au point de ne plus les quitter…

 

« Mon père comme moi ne nous sommes jamais coupés »

Cornol, Jura suisse, 1929. Le village vit de sa forêt et de ses terres. Marcel Gaignat est un domestique de ferme parmi d'autres. Alors que le monde entier plonge dans la Grande Dépression, lui goûte à sa nouvelle vie d'artisan sabotier. Dix ans plus tard, son atelier tourne à plein régime, quelque 2.000 paires vendues par mois. Ses clients ? Militaires en entrepôts de munitions, ouvriers de tréfilerie et bien sûr paysans. L'antre  du père Gaignat devient celle du fils. Mais rien n'y change. Machinerie, savoir-faire, outillage, générosité, charge de travail, l’héritage est complet.

 

« A l'atelier, je suis en vacances »

Le sabotier aura 70 ans en mai. 6h30-19h, voilà sa plage horaire quotidienne à travailler le bois. Et encore faut-il ajouter les moments en forêt à choisir lui-même la matière première : essentiellement du hêtre, mais aussi de l’aulne et du tilleul, apprécié pour sa légèreté. Sur un délicieux parterre de sciures, l’atelier accueille ensuite les étapes immuables : scier, fraiser, creuser, découper, polir, sécher, poncer. Que 2011 paraît de la science-fiction quand André manipule sa rouanne ou son butoir. Que les oreilles frémissent quand l’antique ponceuse à rubans s’active et met en branle tout l’atelier. Sabots en main et aux pieds, André, lui, sourit.

 

« Tout demander à la dernière minute, c'est la maladie du siècle. Pourtant, je ne suis pas la Migros »

Problème, l’artisan ne sait pas dire non. Pas plus aux clients qu’aux groupes de passage désireux de replonger dans l’ambiance d’antan. En parallèle, la demande en sabots ne faiblit pas, bien au contraire. Beaucoup de troupes folkloriques et de cliques carnavalesques prônent encore l’authenticité Pour elles, pas question de recourir à de l’industriel « made in Holland ». Résultat, l’unique sabotier de Suisse ne s’ennuie pas. Mais la récompense est là : à Bâle, tant le fameux Morgestraich que la cavalcade se parent des chaussures boisées du maître de Cornol.

 

« Je ne peux pas prendre d'apprenti. Ici, rien n'est aux normes ! »

Retour à l’atelier. André le Jurassien achève à peine une cinquantaine de paires qui défileront dans la cité rhénane. Il lui reste quelques garnitures à coudre, pour le confort du pied des carnavaliers. Le temps de constater que l’artisan prend plaisir à dériver le sabot à l’envie - porte-clés, poivriers, tirelires* - et d’apprendre que les contrebandiers en portaient des « sur mesure », avec le talon devant pour mieux brouiller les pistes. Le temps aussi de faire un saut dans le petit musée qu’André fignole dans une remise attenante.

 

« Je ne suis pas riche, mais très riche. Encore faut-il savoir de quoi... »

Chaque paire lui demande entre 2h30 et 3h30 de travail. Prix de vente ? 48 francs suisses (Ndlr, 37 euros).  Débordant de finesse et d’humour, notre sabotier l’admet sans détour : pas étonnant que de tels artisans se fassent rares. Non, décidément, l’argent n’est pas son moteur ; il marche plutôt à la passion, condensé de simplicité et de talent. « Oui, je suis effectivement très riche. De savoir me contenter de ce que j’ai ». Comme un Capitaine Haddock au meilleur de sa forme, André est des plus expressifs, verbe truculent et clin d’œil attachant. A voix basse, il avoue ne jamais avoir compris pourquoi aucun de ses onze frères et sœurs ne s’est intéressé à l’atelier. L’intarissable petit homme aux sabots n’en a que davantage savouré la récente décision de sa fille Mauricette : reprendre coûte que coûte l’affaire. Le cœur léger, les sabots noyés sous des copeaux odorants, il peut se remettre à l’ouvrage.

 

 

*à propos de produits dérivés, André Gaignat se délecte de deux commandes de sabots hors normes : l’une lui a fait fabriquer un porte magnum pour un client…californien. L’autre un pot de fleurs envoyé par ses soins en Australie.

Commentaires

Par chantal le 14/03/2011 à 09h04

Article très d'à propos puisque le Morgenstraich vient d'avoir lieu il y a quelques heures! On aimerait surtout se rendre à Cornol pour visiter son atelier et ce musée ainsi qu'entendre ce Monsieur nous raconter en détails la fabrication de ses sabots magiques. Merci pour ce petit retour dans un monde d'une autre époque.

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