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L’envol d’un petit grand patron

D’une part, une modeste entreprise experte en machines de manutention. De l’autre, le prototype de l’industriel contemporain, doué et offensif. Portrait sans frontières de l’Alsacien Stéphane Killian…

« The world is flat », comme Thomas Friedman intitulait déjà en 2005 son ouvrage de référence sur la globalisation. Notre Terre a été ronde, aujourd’hui le monde est plat. Notre planète toute entière aurait-elle vraiment l’apparence d’un grand village ? Oui, selon l’éditorialiste du New York Times et son best-seller. Oui, cent fois oui, à l’énoncé d’un parcours de vie parmi d’autres : celui entamé -il n’a que 30 ans- par l’Alsacien Stéphane Killian, du dôme du Massachussetts Institute of Technology aux hauteurs d’Illfurth, bourg-centre non loin de Mulhouse où siège son entreprise.

 

L’histoire d’Ameco va intimement de paire avec l’aventure des Mines de Potasse d’Alsace. Du genre de lien qui unit une filiale à sa maison-mère. En 1930, le bassin potassique vit au rythme de ses 18 cités minières et de sa vingtaine de puits. Sur fond de crise économique, les machines de manutention Ameco font leur apparition sur les carreaux Théodore et Amélie I. Basée au cœur des MDPA, à Kingersheim, l’entreprise fait depuis l’origine dans les appareils de reprise d’engrais. Jusqu’à 800 salariés contribuent aux opérations, mais, au détour des années 70, la crise de rentabilité ronge les mines alsaciennes et leurs activités parallèles. Pour Ameco, c’est la faillite, l’arrêt de toute fabrication et…la reprise au début de la décennie suivante, par le père de Stéphane Killian.

 

Premiers pas

 

Le fils, lui, est encore à mille lieux de s’imaginer à la tête de l’affaire familiale, désormais transférée à la campagne au Sud de Mulhouse. Une première fois, il s’échappe du cursus classique en fréquentant le lycée franco-allemand de Fribourg-en-Brisgau. « Au collège, une enseignante nous avait répétés que l’analphabète du XXIe siècle serait celui qui ne parlerait pas plusieurs langues. Ça m’est resté ». Suivront les classes prépas scientifiques, l’école d’ingénieurs à l’université de technologie de Compiègne. Entre temps, Stéphane Killian a enrichi son cheminement d’expériences dépaysantes. Ameco vend ses machines -empileuses, gratteuses rotatives pour tour de granulation, récupératrices, chargeurs de bateaux, pelles racleuses,…- en pièces détachées. Le père chef d’entreprise profite des vacances du fils étudiant pour l’envoyer sur divers assemblages. Mission initiale, un montage dans une usine de pâte à papier au Nord de Melbourne. Puis la Norvège, la Chine. De quoi stimuler le goût de l’international du jeune homme. D’autant plus quand l’agréable se joint à l’utile des chantiers, avec le tour de l’Australie en bus et la traversée du Tibet en stop. Le grand voyage de Stéphane Killian est prêt à enclencher la vitesse supérieure…

 

Prochaine arrêt, Cambridge, Massachussetts. Le jeune Killian, aux lointaines racines irlandaises, ne vient pas compléter la communauté de Boston la verte. Sans sourciller, il s’en va plutôt étudier le génie mécanique au MIT ; du flot d’émulations et d’énergies, il se remémore aujourd’hui les cours du soir de Noam Chomsky, de physique avec un enseignant prix Nobel. « Mon projet de fin d’études, un robot transportant des extraits sanguins, est encore utilisé à l’hôpital général du Massachussetts ». Avec les royalties qui vont de paire ? « Non, tout va au MIT, c’est comme ça que ça marche ». Pas de quoi faire pour autant perdre le sourire à l’évocation de cette porte ouverte sur le monde de la science. A la clé, l’étudiant revient dans l’Hexagone par la grande porte d’une école d’application de Polytechnique, pour valider un Master of Business Administration.

 

« Quitter la proie pour l’ombre »

 

La voie royale est toute tracée. Stéphane Killian ne se fait pas prier pour l’emprunter. Dans un premier élan du moins. HSBC l'intègre dans ses équipes, mais l’Alsacien trouve vite le monde bancaire stérile. D’un géant à l’autre, il rejoint le groupe Areva, collabore au démantèlement de cellules recyclant du plutonium à Cadarache (projet Iter), accompagne un transfert de technologie de la France vers le Japon. Les méthodes de travail le séduisent, l’organisation très encadrée bien moins. « Le moindre changement d’une étape d'un processus de fabrication process devait être validé par neuf personnes ». Deux années, une de plus qu’en banque, suffisent à susciter une envie de changement.

 

Puisqu’il faut un déclencheur, ce sera les graves problèmes de santé paternels. « J’essaie de voir les choses positivement. Il fallait un coup de pouce du destin, ce fût sous cette forme ».  En 2008, le fils fait dans le grand écart et reprend Ameco. « Quitter la proie pour l’ombre, la grande boîte pour la petite, n’a pas été décision facile ». La modeste entreprise alsacienne est à des années-lumière du milieu pour lequel son nouveau patron a été conditionné. Seul dénominateur commun : l’international. Ameco a 280 machines en fonction, cinq seulement en France. Et encore, des pièces historiques vendues à la fin des années 60… Le 100% à l’export n’est pas pour déplaire à Stéphane Killian, qui s’est mis à l’apprentissage du mandarin et de l’hindi.

 

Un chasseur d’opportunités

 

Réputée pour son savoir-faire sur des sites de production d’engrais, la marque Ameco, dernière du genre en France, s’est diversifiée pour séduire les marchés émergents.  La manutention de bois en usines de pâte à papier fait partie de ce mouvement. Dans le viseur, le Brésil. Au calme de son bureau d’Illfurth, à vingt kilomètres de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, le jeune chef d’entreprise pointe fièrement du doigt la photo d’un site industriel brésilien : ses machines y reçoivent des troncs d’arbres, les muent en copeaux avant de basculer la marchandise vers d’immenses chaudières. Le dynamisme local offre même d’autres perspectives ; la découverte d’importants gisements de potasse devrait faire du pays, à moyen terme, le premier exportateur mondial de ce minerai. Et Ameco, forte de ses contacts sur place, de se préparer à un retour aux sources en étant associée à une exploitation qui a lancé ses activités en Alsace.

 

Avisé et volontariste, Stéphane Killian n’oublie pas le marché américain, en ouvrant notamment son entreprise aux centrales de biomasse. Un superviseur d’Ameco effectue en ce moment-même un check-up à Houston sur deux équipement alsaciens de manutention. Et puis, il y a la Chine, incontournable. « Avec les industriels chinois, il faut savoir faire des concessions, leur transférer des technologies matures, tout en veillant à garder notre longueur d’avance ». Le dirigeant s’y rend en ce début d’année. Mais avoue croire davantage en son voisin indien et en son droit anglais. En décembre dernier, assis entre Patrick Kron et Anne Lauvergeon, il était du déplacement présidentiel en Inde. Et savoure encore la chance offerte à Ameco : « cela ne donne que des tickets d’entrée, mais il n’y a pas meilleure façon de mener une visite commerciale ! » Au cœur du sous-continent, l’industrie du ciment et le secteur des engrais -qui vient de se libéraliser, donnant vie à cinq projets d’usines…en un mois- constituent autant d’opportunités à saisir. « Quand on va sur le terrain, sur des marchés aux besoins énormes, il n’y a pas de raison de ne pas rentrer des affaires ».

 

Menée avec le discernement d’un ingénieur de haut vol et le pragmatisme d’un industriel qui connaît ses machines, Ameco l’Alsacienne joue la carte du développement mondial. Mais c’est encore au siège que se dessinent tous les plans, que l’essentiel des achats se réalise, auprès de fournisseurs autant que possible européens. Sur site, aucun montage ne s’opère sans l’expertise de cette société aux effectifs toujours confidentiels. Le credo d’Ameco, c’est la notion de marque de fabrique, le souci de la valeur ajoutée et la capacité à rester en avance. Bizarre, on dirait le trio d’atouts qui fait planer son boss…

Commentaires

Par Nadège le 22/01/2011 à 17h26

intéressant, j'aurais jamais pensé qu'une entreprise alsacienne puisse être si internationale.

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