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Irlande, "le mec de la rue paie la facture…"

Plan d’aide, plans de rigueur, ou comment la population irlandaise devrait supporter le fardeau du sauvetage d’un secteur bancaire à la dérive. Immoral, inquiétant et surtout antinomique avec une relance de l’économie nationale, estime le plus Irish des entrepreneurs et consultants français Xavier de Bustos. Explications sans tabou…

Quel regard portez-vous sur le plan de sauvetage et ses 85 milliards d’euros d’aide ?


- Ce n’est d’évidence pas ça qui fera repartir le business. Colmater en injectant des milliards mais sans rien nettoyer ne mène à rien. Cette aide est finalement là pour éviter que ceux qui ont provoqué la crise irlandaise ne se cassent totalement la figure. Le tout dans l’espoir fou que les banques prêtent à nouveau massivement aux particuliers. Non, l’Irlande n’a pas besoin de ces 85 milliards. Car pour soigner ces banques que je laisserai personnellement tomber, il faut assainir les finances publiques…

 

D’où un nouveau plan d’austérité pour économiser 15 milliards d’ici à 2014. Qu’en pensez-vous ?


- La mise en place de ce plan de rigueur résulte d’une forme de chantage de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International. Je vois mal comment une amputation des salaires, la baisse des minimas sociaux, 25.000 fonctionnaires en moins et un Etat premier actionnaire immobilier du pays peuvent d’une quelconque manière relancer la consommation. Cette austérité va tout bonnement tuer la reprise de l’Irlande. L’écart va encore se creuser entre les quelque plus riches et les autres, car une telle stratégie fait payer la facture au mec de la rue.

 

Le pire est à venir

 

La crise irlandaise est donc loin d’être finie…


- Elle est partie pour ne jamais s’arrêter si l’austérité est actée et les 85 milliards de prêts débloqués -taux d’intérêt, 5,8%, ne l’oublions pas-. Si on n’aide pas les gens à relancer la consommation, je vois bien une crise trois fois pire d’ici juillet prochain. Le problème de fond, c’est l’immobilier, pas les banques. Imaginez, il y a encore pas moins de 700.000 prêts immobiliers en cours à travers le pays. D’une valeur cumulée avoisinant les 110 milliards d’euros. Les banques vont être renflouées mais, plongés dans l’austérité, combien d’Irlandais ne vont plus rien honorer du tout ? Combien vont très vite se retrouver criblés de dettes, voire expropriés ? Le tout avec un Etat propriétaire à 99% des banques…

 

Y a-t-il pour autant une recette alternative ?


- Sortir de cette orthodoxie libérale qui ne voit qu’un meilleur financement des banques pour réguler l’économie. A mon avis, la relance irlandaise passe par la dépense publique, par la stimulation du binôme consommation-épargne. Certes, l’Irlande n’a pas forcément de grands travaux à mener, hormis une ligne de métro à Dublin (Metro North) ou un nouveau port en eau profonde. Mais agir par les dépenses publiques peut aussi passer par l’embauche de fonctionnaires, l’investissement dans la santé et un plan d’aide aux entreprises. Il serait mieux venu de garantir des prêts de PME que des dépôts de milliardaires !

 

Budget 2011, ce sera non

 

Quelle est la part de responsabilité des politiques à la tête de l’Etat ? Jusqu’où faut-il blâmer le gouvernement de Brian Cowen ?


- Les développeurs immobiliers, dans les mêmes cercles d’influence que les banques, ont pourri la situation locale. Le gouvernement a eu le défaut de ne pas vouloir laisser tomber la banque Anglo Irish (Ndlr, nationalisée début 2009), et pour cause. Celle-ci tenait dans sa poche de grands groupes, des milliardaires, des promoteurs. La justice enquête encore sur de vastes malversations financières. Malgré la garantie étatique sur tous les dépôts, Anglo Irish a continué à affiché des pertes abyssales. Le sauvetage irraisonné d’une banque a été un suicide politique et économique. D’ailleurs, je pense même que le budget 2011 ne sera pas adopté, mettant en échec le plan de sauvetage.

 

- Comment jugez-vous la réaction de la société irlandaise ?


- Je suis surpris par l’ampleur de la mobilisation, avec des dizaines de milliers de personnes ayant déjà bravé la neige pour manifester au centre de Dublin samedi dernier. Le sentiment général qui transpire est une envie de lutter, animée d’un profond esprit de souveraineté. Et d’une haine viscérale des banquiers. Si on ne donne pas la parole  très vite aux Irlandais via des élections, j’ai l’impression que ça va péter de partout. Bon nombre voient même un peu de colonialisme dans cette soi-disant opération de sauvetage.

 

A juste titre ?


- Ne nous voilons pas la face, ce plan d’aide à l’Irlande est surtout là pour sauver plusieurs banques européennes qui ont imprudemment prêté de grosses sommes. Laisser l’Irlande renégocier un rééchelonnement de sa dette, donc revoir à la baisse la valeur de ses créances, affaiblirait considérablement certaines banques françaises et allemandes, avant tout allemandes d’ailleurs. Mais doit-on faire payer à l’Irlandais l’insouciance de prêteurs étrangers ? Non, c’est juste immoral. Malheureusement, Paris et Berlin se fichent pas mal du Dublinois moyen.

 

Retrouvez ici le portrait de Xavier de Bustos, mis à jour le 02/12/2010

 

A lire l'article du prix Nobel d'économie 2008 Paul Krugman dans sa chronique pour le New York Times sur le cas irlandais

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