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Et un, et deux, et trois…Mayer (1/3)

Planet Olympique / Albert à Mexico, Sébastien à Barcelone et maintenant Joanne à Londres : les Mayer et le kayak alsacien, où l'histoire d'une saga familiale et d’une trilogie olympique. Premier volet avec le grand-père...

Bob Beamon. Dick Fosbury. Tommie Smith. Et Albert Mayer. Le bond du siècle, la révélation du "Fosbury Flop", le poing ganté de noir (les vidéos en fin d'article). Et un petit Alsacien ébahi par le stade Aztèque.

Cherchez l’intrus. Ou plutôt non. Pourquoi y en aurait-il un ? 1968, Mexico, c’est la magie de l'olympisme partagée par tous. L’aventure commence vingt ans plus tôt, 10.000km plus à l’Est.

 

« Le sport pour ne pas traîner dehors »

 

Près de l’école maternelle de Mulhouse où sa mère officie comme concierge, le petit Albert s’époumone à vélo. « Je faisais des allers-retours à toute blinde. Je disais à tout le monde que je me préparais pour les Jeux ». Le gamin façonne son esprit de compétiteur dans le quartier populaire et industriel de la Cité. « Le sport pour ne pas traîner dehors », assume-t-il.

Le sport au pluriel, même, puisqu’il goûte à la gym, à l’athlétisme, au basket. Un copain d’enfance, Richard Armbruster*, veut le convertir au handball. Peine perdue, Albert Mayer découvre le kayak.

Il se met à l’eau à 17 ans en biplace. Quatre mois plus tard, un titre de champion de France en K4 (quatre places) !

 

Sport et vie active

 

La soixantaine bientôt effacée, il garde cet amour des sports au plus profond de lui. Au siège de son club, l'Association Sportive des Cheminots de Mulhouse-Riedisheim qu'il préside depuis 36 ans, la conversation zappe de temps à autre. Histoire de s'offusquer du prix des billets pour les épreuves des JO londoniens. Histoire aussi de s'enquérir de l'actualité du Mulhouse Olympic Natation, de regretter la non-qualification olympique du vététiste Maxime Marotte.

« Il faut savoir ne pas être réducteur. Ne pas faire ni ne s'intéresser qu'à son sport primaire ». Pour autant, les souvenirs ramènent bien vite au sujet. A l'orée des Jeux de Tokyo en 1964, Mayer est, pagaie en main, ce qui se fait de mieux en France. Mais c'est le canoë national qui sera envoyé au Japon, pas le kayak.

La déception digérée, il se tourne vers l'Olympiade suivante et...la vie active. L'apprenti électricien entame une carrière chez Clemessy qu'il finira en chargé d'affaires. « Neuf heures par jour en entreprise, puis l'entraînement. Les jeunes auraient du mal à concevoir ça aujourd'hui ».

 

« Jeté du train en gare de Berlin-Est »

 

Quand l'Institut national du sport (ancêtre de l'INSEP) l'accepte,  son gagne-pain le suit via l'agence parisienne de sa société. Mais quand on lui suggère une mutation à Kourou, il répond « non merci ». Ce sera Mexico et pas la Guyane. Sur l'eau, le chef de chantier compense ses défauts techniques par une "caisse" d'enfer.

A l’évocation de sa qualification pour les Jeux, le voilà d’un coup d’un seul délicieusement bavard. Des régates en plein brouhaha politique en Hongrie et Tchécoslovaquie, des barrages militaires entre Paris et Mulhouse, et un épilogue épique : « la sélection se déroulait en Pologne. En chemin, je me suis fait arrêté et jeté du train à Berlin-Est. Je n'avais pas de visa de transit. Je suis arrivé sur site le jour de la course, à 1h du matin ». Sourire. Nettoyage de lunettes. « Mais se qualifier n'était pas aussi dur que maintenant ».

Le présent s'immisce dans le passé. Se qualifier, précisément, c'est les exploits qu'ont réalisés le fils et désormais la petite-fille. Le papy interrompt avec plaisir son récit. Le kayak, une histoire de gènes. Les Jeux, une histoire de famille. Tout un symbole, pour lui, orphelin de père : « Avec Sébastien, j'ai eu le triple regard du conseiller, du responsable fédéral et du parent. Avec Joanne, je suis le dirigeant de club qui salue l’excellent travail de son père-entraîneur ».

Fin avril, quand la lycéenne de 19 ans valide son billet pour Londres pour deux minuscules centièmes, le grand-père vit une émotion majuscule. Chef des juges, il est du côté de la photo-finish. « Il y avait cinq prétendantes pour une place. La voir se qualifier a simplement été fabuleux ». Cet été, Mayer senior vivra ses cinquièmes Jeux, après Atlanta et Sydney comme juge international. Cet été, dans la capitale britannique, il sera juste un « président-touriste [sic] ».

Mais en replongeant dans l'ambiance olympique, aura-t-il une pensée 44 ans en arrière ? Mexico, les regrets d'une élimination en demi-finale, cette « chaleur de fou » mais surtout « la concrétisation d'un projet de vie ». Comme une évidence, il se tournera alors vers le plan d'eau et aura la meilleure des réponses. Une Mayer dans le K4 tricolore. De quoi lui faire murmurer dans sa barbe grise qu'il n'y a rien de plus beau que le sport...

 

 

*Gardien de but, international français entre 1962 et 1964. Il est décédé dans sa 70e année en 2011

 

 

 

 

 

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