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Il y a 50 ans, perdu dans la forêt

SUR LA ROUTE DES 50 ANS / L’usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse fête son cinquantième anniversaire. Planet Portraits a anticipé l’événement avec dix portraits de salariés. Vous avez ainsi retrouvé le parcours personnel et professionnel de celles et ceux qui font vivre le cinquième site industriel français. Le fil rouge prend fin...

Comme des milliers de Haut-Rhinois, Jean-Pierre Hartmann a effectué  sa carrière professionnelle à l’usine PSA Peugeot-Citroën de Mulhouse. Singularité, cet élu local a été l'un des premiers à travailler sur le site en 1962.

 

 

La cartographie en ligne est formelle.28 kilomètres, c’est la distance du trajet pédestre le plus court entre l’usine Peugeot et le village de Carspach. L’information ne bouleverse pas outre mesure l’actuel premier magistrat. Il ne s’était pas arrêté à un tel détail en décidant, à l’automne 1999, de faire à pied le trajet travail-domicile.

Ce drôle de pèlerinage le jour de son départ à la retraite, Jean-Pierre Hartmann l’a pris comme un voyage initiatique à l’envers.  Ses proches le transforment en célébration.

Verre de blanc à Mulhouse, café au bord du canal, certificat de réintégration lu sous un pont, promenade en remorque, le retour prend une plombe. Original, l’au revoir répondait à une introduction déjà inédite. Imaginez plutôt. 37 ans plus tôt, en 1962. Il y a un demi-siècle, donc…

 

"Une choucroute pour les premières boîtes"

 

Jean-Pierre Hartmann est un jeune pâtissier de 20 ans avec sa Renault 4CV, la ferme intention de se marier et de bien gagner sa vie. En mai, direction Mulhouse pour postuler chez Indenor –Industrielle de l’Est et du Nord-. L’embauche dans cette filiale de Peugeot est garantie, d’autant qu’un bruit court avec de plus en plus d’insistance : une nouvelle usine serait sur le pont d’être construite à l’extérieur de la ville.

Confirmation à l’automne. Quelques jours avant de débuter sur site, revenu fringant de l’armée, notre homme décide d’aller tâter le terrain sur place. On lui indique vaguement l’emplacement, il ne trouve que forêt et voies de chemin de fer. Comprenez la Hardt et la desserte ferroviaire vers le Rhin et l’Allemagne.

 

« Je me suis perdu et suis revenu bredouille, sans avoir rien trouvé ». Cocasse, quand on sait qu’aujourd’hui le bâti couvre 95 hectares. Le lundi suivant, jour J. « Le château d’eau ne mesurait pas deux mètres, il n’y avait qu’une baraque de chantier et une ébauche d’usine de mécanique ». Hartmann est dans les 500 premiers sur site. Matricule 00479, il a beaucoup de collègues qui viennent d’achever le chantier du Grand Canal d’Alsace.

 Dans ce qui deviendra un fleuron de l’industrie automobile, il scie d’abord…des garde-fous métalliques. « Je faisais ça plus vite que des tuyauteurs de métier ». Clin d’œil fièrement amusé.

Nouvelle affectation, devant une machine taillant des pignons de boîtes de vitesses. La production de ces dernières lance l’activité de Peugeot Mulhouse. « Nous avons fêté la sortie des premières boîtes autour d’une choucroute ! »

 

"La grève sans savoir pourquoi"

 

De voitures il n’est pas encore question quand JPH se prend une broche dans la main et quitte la production. Direction le garage d’entretien général. Là, il passe tous les permis imaginables, s’éclate en 404 comme en fenwicks. C’est aussi l’heure des premiers comptes : 2,85 francs de l’heure, quelque 700 francs à la fin du mois.

S'écoule encore l’été 1963, à se promener en pelleteuse sur les300 hectaresde l’usine, et, un an après ses débuts, il rejoint l'unité où il fera toute sa carrière.

Transférée de Sochaux, la forge ultra-moderne a besoin de bras. Hartmann sera de ceux-ci, comme ajusteur, responsable de magasin, approvisionneur de l’outillage puis chef d’équipe.

 

En 1966, notre néo-forgeron enregistre sa première hausse de salaire : un centime en plus par heure ! Puis mai 68, « à faire grève sans savoir pourquoi », qu'il illustre en sortant son bulletin de paie du mois en question, long comme un bras : 1.084 francs nets.

Le numéro 479 est désormais un des piliers de l’usine de forge. Il passe par les bureaux, mais les premiers ordinateurs le rendent malade.  Retour à l’atelier. Là où il est à l’aise. Là où il participe à la production de millions de Peugeot 104, 205 et autres 106. Entre temps, le site perdu dans la forêt de la Hardt s’est mué en centre de production majeur. Entre temps, dans le civil, Jean-Pierre Hartmann s’est plongé dans l’action communale, intégrant le conseil municipal de son village, Carspach, dès 1977. 

Sans sourciller, il passe de l’étuve en forge aux glaces...du Mont-Blanc. Comme un symbole avec deux copains de Peugeot, il boucle l'ascension du géant en 1987. Plus discipliné qu’un soldat, il ne cautionne pas les grandes grèves de 89, dans une forge mulhousienne pourtant en ébullition. Tout juste montre-t-il une photo qu'il a osé prendre d'Henri Krasucki en visite. Malgré tout, il manque une ultime promotion d'avant retraite. Sans rancune, le pionnier n’en veut pas à son employeur. Mieux, à l’heure du cinquantième anniversaire et des portes ouvertes, il va forcément venir humer l’arôme suave de la forge mulhousienne. Une inspiration longue d’un demi-siècle pour dire « j’y étais ».

 

http://www.mulhouse.psa.fr/index.php?id=1512

 

 

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