NEWS
PDF
Imprimer
A- A+
Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur LinkedIn

Zalihanta, une histoire de famille

SUR LA ROUTE DES 50 ANS / Au printemps 2012, l’usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse sera quinquagénaire. Planet Portraits a souhaité anticiper l’événement avec dix portraits de salariés. En fil rouge, vous retrouverez ainsi le parcours personnel et professionnel de celles et ceux qui font vivre le cinquième site industriel français.

 

Trois cultures et six enfants pour un seul bout de femme : Zalihanta Moinache incarne le courage et la simplicité d’une ouvrière sans histoire. A 57 ans, de Madagascar à Mulhouse via les Comores, son parcours a pourtant été chaotique. 

« A l’usine, je m’y rends pour bosser ». La réponse est cinglante. Sans ambiguïté. Comprenez, pas question de se disperser. La demande s’adressait à la musulmane pratiquante.

Cinq prières par jour, il vous faut prier à un moment ou un autre sur votre lieu de travail, n’est-ce pas ? Si la capacité d’adaptation est une force, alors Zalihanta Moinache a tout d’un colosse.

 

Sa foi, elle l’a chevillée au corps, mais elle la vit tout en souplesse et en liberté. « A mes yeux, il convient d’être propre lorsque l’on prie. Je récupère donc après le travail, quand je me sens mieux ».

Pas de méprise pour autant, l’intéressée est comme un poisson dans l’eau sur le site PSA Peugeot Citroën de Mulhouse. 34 ans d’ancienneté, matin, après-midi, nuit, week-end, l’opératrice en ferrage connaît tout.

 

Tout pour la famille

 

Aux commandes de sa machine de soudure, elle fait défiler les petites pièces. Un de ses frères travaille ici. Un de ses fils aussi, tous deux en carrosserie.

« C’est grâce à Peugeot que nous avons toujours mangé à notre faim ». Nous ? Dans sa bouche, la première personne du pluriel renvoie à la famille.

 

Cette famille éloignée, à qui elle envoie de l’argent tous les mois. Cette famille proche, six enfants et neuf petits-enfants, qu’elle présente à la fois comme son ADN et sa raison d’être.

Mère malgache au foyer, père policier des Comores, « Maman » Moinache a grandi à Madagascar, au sein d’une fratrie nombreuse.

 

Épreuves en chaîne

 

A sa naissance, l’île rouge est encore un territoire français d’outre mer. A ses 17 ans, le paternel à la retraite fait déménager la famille dans son archipel d’origine.

Entre temps, Zalihanta a connu l’école coranique. Surtout, elle est devenue « madame » par un mariage arrangé en pleine adolescence. « Un événement mal vécu », glisse-t-elle à peine, si pudique.

 

Cinq années aux Comores, une première fille, et le mari électricien est envoyé à Marseille, puis à Mulhouse. Hiver 77, l’essai chez Peugeot rend moins délicate l’immersion en Alsace.

Emboutissage puis ferrage, la jeune femme au rire communicatif fait le tour de l’usine. Derrière la collection de bijoux clinquants qui lui illumine les oreilles, derrière l’image de simplicité d’une mère comme les autres, derrière le joli visage d’une quinquagénaire à qui l’on donne vingt ans de moins, se cache pourtant la femme au lourd secret.

 

Sur fond de C4

 

Un beau jour, son époux revient des Comores…marié une seconde fois. Moinache ne tolère pas cette situation. Malgré la pression familiale, elle divorce, retrouve son nom de jeune fille et élève seule ses six enfants.

« Maintenant, je suis fatiguée. Quand je rentre du travail, je me retire sur le canapé ». Avec son sens de la formule, elle laisse deviner la mère dynamique qu’elle a été.

 

Avec l’air malicieux, au sujet de ses chérubins aujourd’hui tous adultes ou presque, elle résume : « Petits (enfants) égalent petits problèmes. Grands égalent grands problèmes ». Qui la contredirait ?

Retour au poste de travail, un défilé de Citroën C4 encore squelettiques en toile de fond. On sent que tout n’a pas été dit. Souffrances, épreuves, différends, ne reste plus qu’à imaginer. Zalihanta Moinache est déjà concentrée sur son ballet de pièces à souder.

A la retraite, c’est promis, elle partagera sa vie entre Mulhouse et Seleani, la commune des Comores où elle a fait construire une maison. Pour des jours paisibles, enfin, entre ses deux vies passées. Pour un voyage sans fin, aussi, entre ses deux familles qui n’en font qu’une.

 

 

Photo et texte © Planet Portraits, toute reproduction sans mention du site planetportraits.fr est interdite.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour ajouter un commentaire.

 

 

 

 

Afficher les articles par tag

Lunettes solaires, Visiofactory.com, l'Optique à prix d'usine !
Soutenez Planet Portraits sur J'aime l'info

Page

Votre compte

Liens