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Le gosse, le John et le vieux

SUR LA ROUTE DES  50 ANS / Au printemps 2012, l’usine PSA Peugeot Citroën de Mulhouse sera quinquagénaire. Planet Portraits a souhaité anticiper l’événement avec dix portraits de salariés. En fil rouge, vous retrouverez ainsi le parcours personnel et professionnel de celles et ceux qui font vivre le cinquième site industriel français.

 

Quarante-quatre ans d'entreprise, ça calme. Ajoutez-y quatorze années d'une enfance franc-comtoise et quasiment autant de retraite alsacienne, et le compte y est. Jean Parrot71 ans, parle et respire Peugeot. Son parcours est celui d'un salarié modèle au service d'une grande famille et d'une activité particulière, la forge.

L'accueil est pour ainsi dire...feuillu. Où que le regard se porte, des fleurs, des plantes, des arbustes. Bienvenue dans l'océan de verdure du couple Parrot. A la manœuvre dans cette maison-jardin, Monique, l'épouse. « Jean, lui, n'aurait pas le temps », lance-t-elle d'emblée.

Complice, l'intéressé acquiesce. Les yeux pétillants, le cheveu blanc comme neige, il n'a en fait guère le choix. Parmi les quelque 8.000 retraités actuels du centre de production PSA Peugeot Citröen de Mulhouse, il en est d'évidence l'un des plus actifs.

 

Touche à tout

 

Président d'une société de gymnastique, d'un club de tennis de table, membre du conseil de surveillance d’une banque, deux décennies siégé de conseil municipal, trop pour un seul homme ?

Pensez donc, Jean Parrot est aussi et surtout président de l'amical d'entraide des retraités de PSA Peugeot Citroën Mulhouse. Un job à part entière, avec 1.200 adhérents et un calendrier plein comme une boîte à bijoux.

 

Déjà, il faut préparer la grande fête des retraités d'octobre prochain. Déjà, il convient de se plonger dans les cinquante ans du site l'année prochaine. « Nous avons un devoir de mémoire. L'amicale sera de la célébration », garantit le président.

A bien y réfléchir, l'itinéraire de Jean Parrot pourrait parfaitement s'intégrer dans l'évocation de ce demi-siècle d'industrie automobile à Mulhouse. Le visage malicieux, prêt à pouffer de rire à la moindre opportunité, le voilà qui plonge à l'envie dans ses souvenirs.

 

Gamin manuel

 

Il y a d'abord sa dernière année de travail, comme pilote d'une installation et d’une toute nouvelle machine. « C'était en forge 2, un vrai challenge et la recherche de la perfection. Il leur fallait là un gars expérimenté ». Du métier, Jean Parrot en a plein les pattes.

En 1998, il conclut son aventure avec la marque au lion après 44 ans à l'ouvrage. Père libre penseur et fraiseur industriel, mère catholique pratiquante et au foyer, le jeune Parrot ne brille pas par ses résultats scolaires. Comme son paternel et son grand-père, agriculteur et ouvrier chez Peugeot Motocycles à Mandeure, il préfère le travail manuel.

 

A 14 ans, direction l'école d'apprentissage Peugeot. Il en ressort avec un CAP d'ajusteur et une embauche comme ouvrier spécialisé à l'outillage : « le site de Sochaux, du monde en pagaille, des vélos, des mobylettes et quelques 403 que l'on produisait. J'étais dans l'équipe numéro 27 ».

La mission, fabriquer des petits outils de découpe et d'emboutissage, s'interrompt de temps à autre pour des jongles avec une balle en chiffon. Dans la bouche de ses collègues, Parrot est « le gosse ». Peugeot Mulhouse n'existe pas encore. L'armée, l'Algérie, puis les cours du soir s'enchaînent.

 

403 jaune, outil de séduction

 

Il revient à Sochaux comme dessinateur à la forge, passant des ateliers aux bureaux. Les plans des outils pour sortir des vilebrequins n'ont aucun secret pour le franc-comtois, qui  s'entiche de l'ambiance si particulière créée par les forgerons. « Des  bêtes, un peu rustres, mais des hommes francs et corrects ».

Au volant de sa 403 d'occasion toute jaune, il rencontre sa future femme, se marie en 1965. Tous deux débarquent en Alsace quelques mois plus tard. Entre temps, la forge de Peugeot Sochaux a fermé, celle de la nouvelle usine de Mulhouse pris le relais.

 

Monique Parrot à son époux amusé : « Toi qui hésitais à devenir garde-forestier, tu a eu la forêt de la Hardt ». Il ne quittera plus la forge mulhousienne. Et devient « le John », pour une ressemblance qu’on lui trouve, s’il vous plaît, avec JFK.

Préparateur, chef d'équipe, contremaître de nuit, metteur au point de pièces, responsable du traitement thermique, la carrière se construit. Et les anecdotes se multiplient, comme des transitions improvisées.

 

Quand Peugeot aidait Renault

 

Il y a l'arrivée de l'automatisme, les grèves de 1968 passées dans les fondations de sa future maison. Il y a ces séries de bielles fabriquées...pour Renault en 1973, histoire de dépanner. Cette formation d'agent de maîtrise, aussi, conclue par un stage chez Manurhin.

Toujours, il y a la vie à la forge, rendue trépidante par l'intégration de celles de Citroën et de Simca-Chrysler. Démonstratif, Parrot explique tout avec ses mains : le processus de laminage, les pièces chaudes à mettre dans la matrice, un feu de cheminée accidentel. Pour le reste, les albums photos font l’affaire.

 

« J'allais au boulot le sourire aux lèvres. Je suis content de mon parcours ». Formateur et manager en fin de carrière, il prônera une démarche de valorisation et d'anticipation. Amicalement, on le surnomme « le vieux ». Valoriser restera son maître-mot, pour tirer la quintessence de ces forces silencieuses qui œuvrent dans la chaleur de la forge.

L'homme est attaché à la marque au lion comme un gamin à son jouet fétiche. Le téléphone sonne. Ô surprise, c'est un forgeron retraité du site de Mulhouse. L'heure de laisser Jean Parrot à sa vie présente, aussi « PSA » que la passée.

 

 

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