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Éduquer, rééduquer et...disparaître ?

Véronique Rivière est rééducatrice au sein de l’Education nationale. Et assiste en direct au démantèlement du dispositif RASED dont elle fait partie. Son portrait : un cri de rage autant que de désespoir…

Sur sa table de chevet, pas un livre mais trois. « Je suis une boulimique de lecture, surtout en vacances ». En vrac et tous azimuts, La Guerre des Boutons » côtoie de l’histoire immédiate (« Les prédateurs du Kremlin », Hélène Blanc et Renata Lesnik) et de la psycho (« Le besoin de l’autre », Pierre Karli). Sur une étagère de son immense bibliothèque, pas un, mais une collection de paquets de cigarettes en rang d’oignons. Elle fume des Gauloises et des Ché « J’aime la cigarette comme je déteste le vin ».

 

Sage ou rebelle, docile ou anticonformiste, dur de trancher. « Je fais ce que j'ai envie de faire ». Un postulat qui surprend dans la bouche d’une fonctionnaire. Un état d’esprit qui donne envie de creuser. Rééducateur en milieu scolaire, mais encore ? Aider l’enfant en souffrance à devenir élève, mais comment ?

 

L’ENFANT, AUTREMENT

 

Véronique Rivière a cheminé avant de trouver des réponses. Fille d’une prof de couture et d’un technicien, elle s’ennuie à l’école. Son but, travailler au contact des plus jeunes. Son choix, l’école normale, et trois années dont elle garde des souvenirs forts.

« En même temps, j’ai l'impression de ne pas avoir reçu d’outils pour enseigner ». Elle découvre l’enfance déstructurée : un de ses premiers élèves en classe élémentaire avait tué un camarade en le poussant.

 

 « A l’EN, les enfants n’existaient pas ». Sa logique émerge : pour faire court, rien de ce qui est simple ne m’intéresse. En clair, l’enfant « dans la moyenne et dans le système » que suggère l’Education nationale ne trouve pas grâce.

D’ailleurs, elle va au contact de la difficulté scolaire et pédagogique. Classes pour enfants trisomiques, pour enfants à déficience intellectuelle légère, Rivière l’institutrice se forme. Et s’interroge.

Pourquoi ne pas arriver à faire lire tel élève ? « J’ai été hanté par cette question ». Une impuissance pédagogique, un déclic. Rééducateur, ce métier qui aborde le sujet autrement.

Véronique Rivière a les travers de l’assistante sociale, avec sa foi attachante mais quasi-naïve en la jeunesse. Ceux de l’instit’, aussi, à parler comme si elle était toujours devant une classe, à utiliser trois mots différents pour exprimer la même chose.

 

0 OU 1 ?

 

Mais Véronique Rivière, sa franchise et son dynamisme ont l’immense vertu de se sentir utiles. Rééducatrice depuis 1997, elle a pourtant vu son nouveau métier évoluer. Pas franchement en bien.

« Nous devions initialement nous occuper de la difficulté dite ordinaire : divorce des parents, déménagement, décès de grands-parents, autant d’événements qui peuvent provoquer un perte de repères, un retard à l'école ». Et le rééducateur de partir des questionnements de l’enfant pour  réécrire l’histoire avec lui, en l’accompagnant par le jeu. Ecouter et entendre, un double défi.

Il y a cette petite fille qui, suite à des évaluations en classe, demande : « Mme Véronique, tu penses que je suis 0 ou 1 ? » Silence grave, Mme Véronique est ailleurs. Il y a cette autre élève, victime des attouchements de son père, qu’elle a suivi pendant des semaines. Il y a aussi l’agonie d’une profession.

Comme le psychologue et le maître E, le rééducateur est acteur de l’aide spécialisée à l’école. Acteur des fameux Rased en cours de démantèlement.

A l’origine, le Rased prenait en charge 20% des enfants d’un secteur. « A l'heure actuelle, 20% des enfants ont toujours besoin d’une aide. Mais le rééducateur en voit peut-être 0,001% ». La faute à des effectifs taillés à la hache.

A son arrivée à Kingersheim (agglomération de Mulhouse) en 2004, il y avait 2 rééducateurs, 5 maîtres E et un psychologue pour les 1.600 enfants de la ville.

A la rentrée prochaine, l’ensemble de la circonscription -5.200 élèves, 48 écoles, 7 communes- aura droit à 2 maîtres E, 2 psychologues et une rééducatrice. Sur le département, 11 postes de rééducateur (sur 25) vont disparaître.

 

LACAN, L'OGRE ET LES PLEURS

 

« Je garde mon poste avec énormément de culpabilité. Et encore, pour combien de temps ? » Présidente de l’AREN 68, elle rit jaune à l’idée de finir à la tête d’une association fictive. Sans surprise, la prise en charge individuelle n'est plus qu'un mirage. Qui la rend triste.

Avec des indemnités de déplacement ridicules (forfait annuel de...100 euros), les syndicats lui conseillent même de ne plus aller dans les écoles.

« Mais il n'y a que l'ogre qui dit “faites venir à moi les petits enfants”, n'est-ce pas ? »

Le léger cheveu sur la langue se fait plus audible. Parler d'avenir, c'est jeter de l'acide sur une plaie béante. Il se murmure que les inspecteurs prôneraient l'installation à leur compte des professionnels de l'aide spécialisée. Quid d'une rééducation libérale ?

« Je facturerais les parents ? Quels parents ? Ce n'est plus l'école », lâche Rivière dans un puissant soupir. Et de pousser la dérision : « Comme Lacan, je ferais payer à la tête du client. J’arpenterais les rues affublée d'une pancarte « recherche enfants à rééduquer ».

 

Elle fustige les choix de Sarkozy, regrette le flou du projet PS, s’offusque des milliards des sociétés du Cac 40, s’étonne que seul Mélanchon ait évoqué le maintien des Rased. « Tous les politiques devraient passer une semaine avec moi, à voir ces enfants blessés qui avancent malgré tout ».

Ils découvriraient une fonctionnaire autant éprise de justice qu’amoureuse de son métier. Une fonctionnaire sage et rebelle qui, en pensant à son sort et à celui de ses collègues, pleure.

 

 

"L'appel des Rased", une pétition à signer

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