NEWS
PDF
Imprimer
A- A+
Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur LinkedIn

Joindre l'unique à l'agréable

Un village, une école, une classe, cinq niveaux : partout en France, telle énumération rime aujourd'hui avec extinction. Rencontre dans la ruralité du Haut-Rhin avec Guillaume Meyer, instituteur en classe unique, un métier pas loin de disparaître...

Jamais elles n'auront porté si bien leur nom. Dans un département comme le Haut-Rhin, les classes uniques se comptent sur les doigts d'une main. Oui, uniques, bientôt dans tous les sens du terme.  Sur quelque 400 écoles primaires, cinq survivantes et autant de villages n'ont pas rendu les armes. Jugé d'un autre temps, ce format d'enseignement a été raillé, décrié, isolé. Et continue de l'être. Le rassemblement pédagogique, il n'y aurait que ça de vrai. A Berentzwiller, 320 âmes entre Mulhouse et Bâle, 25 enfants des cinq niveaux du primaire s'épanouissent pourtant dans une école dernier cri. Aux manettes, un jeune homme venu du Nord, entendez le Bas-Rhin, pour qui la classe unique n'a semble-t-il rien d'un modèle inefficace.

 

Depuis le paradis du septième art, Jean Lefebvre veille au grain. Surprenant parrain de l'école du village, à qui il a donné son nom, le Tonton flingueur aurait à coup sûr apprécié le vaisseau boisé qui fait office de lieu d'enseignement communal. Ici toutefois, pas de place pour la plaisanterie. Le casting met en vedette Guillaume Meyer, jeune instituteur bas-rhinois « expatrié » dans la quiétude de cette Alsace qui plonge vers la cité rhénane. Poésie, sport, grammaire, préhistoire, mathématiques, l'acteur est des plus polyvalents. Et encore, bien plus qu'on ne se l'imagine...

 

La prime à l'autonomie

 

Pas complètement « unique », puisque la classe maternelle est dans le village voisin, la troupe de Berentzwiller couvre tous les niveaux du primaire. L’ensemble des bambins est du cru. A votre gauche, côté tableau blanc, les CP et les CE1 : treize écoliers. A votre droite, côté tableau noir et craies, les CE2, CM1 et CM2 : douze écoliers. Interface entre les deux groupes, la frise historique au mur mais surtout Guillaume Meyer, parachuté ici voici quatre ans et sa sortie de l'IUFM. « Tout se passe au mieux. Seule la première année a été difficile, avec un surplus de travail considérable. Car d'évidence, l'Institut ne prépare pas à la classe unique ».

 

Dans la salle de classe, les échanges entre chaque moitié sont constants. Aujourd'hui, les plus âgés ont droit à un cours sur les additions de fractions. A quelques mètres, les plus jeunes s'affairent sur leur cahier de lecture. « Cinq dixième, c'est un demi, vous verrez ça au collège », lance le maître, avant qu'une petite tête blonde ne traverse la salle pour lui demander, en chuchotant, le genre et le sens du mot « lilas ». « Le dispositif de classe unique fait primer l'autonomie. Fatalement, le niveau sonore est plus élevé qu'ailleurs. Il faut juste l'accepter. Progressivement, on sait par cœur ce que les enfants peuvent faire seuls ou pas ». Au milieu de ses écoliers, Guillaume Meyer navigue dans la zénitude d'un grand sage.

 

L'attachement de l'élu

 

Les arguments justifiant la disparition des classes uniques, il n'en a cure. A son bureau, il sait que les évaluations de ses huit élèves de CM2 s'annoncent bien, que ses jeunes pousses de CP sont plutôt en avance. Sûr, la classe unique n'est pas la panacée mais pas non plus cette impasse pédagogique qu'on nous présente souvent. Même en 2011. Même si l'endroit apparaît de plus en plus comme un des ultimes bastions d’un genre en voie de disparition. « Pourquoi changer une formule qui gagne », glisse l'élu Jean-Claude Schneckenburger. « Dans l'immédiat, on ne court pas de risques. Tant que les effectifs seront là et que le conseil municipal aura droit de veto... Mais je crains le moment où l'Education Nationale trouvera une faille, imposera une restructuration ».

 

En attendant, la petite école empêche le village de sombrer dans la tristesse d'une commune-dortoir. L'instituteur loge au-dessus de la mairie, le maire défend becs et ongles son dispositif. Bref, un tandem qui tient la route. Derrière les murs scolaires, la hiérarchisation et le sens des responsabilités sont des notions presque tangibles. Voilà le maître qui invite les plus grands à décomposer des fractions sur leurs ardoises. Les CM1 font avec les CM2. « A force, les plus à l'aise intègrent spontanément certains éléments destinés aux plus grands ». Serein, Guillaume Meyer passe dans les rangs, reprend un petit bavard.

 

Travaux collectifs, maître unique

 

Comme chaque mardi, place ensuite à la grande séance de calcul mental. Tout le monde est concerné, par niveau évidemment. Les uns doivent additionner des entiers, les autres multiplier des nombres décimaux. Pour le maître, l'instant a tout du périlleux exercice de style. Pas facile d'énoncer une série de cinq calculs différenciés ! « On s'y fait et on prend le pli sans souci », sourit l'intéressé. Et d'avouer en avoir bien plus appris à Berentzwiller que sur les bancs de l'IUFM. On le croit sur parole. Du haut de ses 29 ans, il semble apprécier l'expérience.

 

A mille lieux des polémiques et élucubrations autour de la classe unique, les enfants se plaisent, tous âges confondus, à réciter un poème ou à finir la matinée sur une série de devinettes. Avec les années, la relation instituteur-élève s'en trouve forcément faussée, tant l'un connaît l'autre et vice-versa. Mais pas question d’imaginer le groupe avec une autre tête d’affiche. La menace d'un remplaçant suffit à renfrogner et à calmer tout le monde. Autant que la classe, à Berentzwiller, c'est bien « l'instit' » qui est jugé unique !

Commentaires

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour ajouter un commentaire.

 

 

 

 

Afficher les articles par tag

Lunettes solaires, Visiofactory.com, l'Optique à prix d'usine !
Soutenez Planet Portraits sur J'aime l'info

Page

Votre compte

Liens