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Carnets de voyage d’un amoureux des bêtes

Portrait d'un vétérinaire atypique - De la direction d’un parc zoologique à des programmes de conservation de singes menacés, de la Guyane à Madagascar en passant par l'Afrique sub-saharienne, le docteur vétérinaire Pierre Moisson a un parcours délicieusement teinté d'exotisme. Ce passionné d'éthologie et de voyages s’apprête à s’envoler pour un poste en Corse…

Jamais deux sans trois... Par deux fois, et pour des raisons d'engagement professionnel dans d'autres structures, le docteur Moisson a en effet décliné une proposition de poste de vétérinaire au zoo de Mulhouse. Mais il était sans doute écrit qu'il poserait un jour ou l'autre ses valises dans la capitale sud alsacienne. En juillet 1995, au retour d'une expérience peu convaincante au sein d'une université américaine, Pierre Moisson intègre le parc animalier et botanique mulhousien. A 29 ans, il ne débarque alors pas en terre totalement inconnue. Regard dans le rétroviseur et retour quelques années en arrière...

 

A l'aventure

 

Encore étudiant, le futur vétérinaire s'évertue à peaufiner sa thèse de doctorat autour du trafic international de la faune exotique. Il obtient successivement deux bourses lui permettant d’appréhender la problématique par ses deux extrémités : les pays exportateurs potentiels et les structures d'accueil. « J'ai pu tout d'abord passer trois semaines au Congo, au sein d'un orphelinat pour jeunes gorilles et chimpanzés », confirme l’intéressé. « C'était là, à Pointe Noire, qu'était alors initié par l'association HELP -habitat écologique et liberté des primates, une ONG aujourd'hui connue et reconnue- le premier projet de réintroduction de grands singes en milieu naturel ». Par un hasard du calendrier, l'étudiant a même l'occasion d'accompagner, dans la fameuse réserve de biosphère de la forêt tropicale du Mayombe, un chercheur du CNRS en charge d'un inventaire de la faune. Premiers grands moments africains...

 

Vétérinaire enquêteur

 

La seconde bourse d'études va lui ouvrir les portes d'une autre aventure, celle d'un tour d'Europe...au volant de sa Renault 5 ! D'Espagne en Belgique, d'Italie en Grande-Bretagne, de zoo en zoo, il mène l'enquête. Les grands parcs européens s'approvisionnaient-ils alors dans la nature ? En guise de réponse, Pierre Moisson se souvient de deux épisodes plutôt marquants : « je me suis fait proprement virer du port de Barcelone par les douaniers, alors que j'étais en investigation, sachant qu'il s'agissait d'un lieu connu de réception d'animaux. C'est aussi pendant mon périple que de jeunes orangs-outans arrivés de Malaisie dans des conteneurs de pneus ont été interceptés à Roissy ». 48 heures après la publication de sa thèse, il se retrouve parachuté à quelque 7.000km de l’Hexagone. Finis les deux ans de classe préparatoire à Fontainebleau, où son look très grec et son patronyme lui valent le surnom de “K’ryops” -terme désignant le grain (de blé, de maïs)-, tournée la page de l’école nationale vétérinaire de Lyon, place à la vie active et d’abord aux obligations civiques. Au titre du volontariat à l’aide technique, il rejoint la Guyane et l'Institut Pasteur de Cayenne. Au-delà de l’expérience scientifique, où il collabore à la recherche d’un vaccin contre le paludisme à partir d’expérimentations sur des petits singes, Pierre Moisson ressort des souvenirs bien humains. “Une fois porteurs du palu et analysés, les singes étaient soignés et relâchés sur une île proche des côtes où ils guérissaient sans souci. J’y allais régulièrement, passant même mon permis bateau sur place. Il arrivait que nous croisions des clandestins brésiliens qui accostaient sur l’île avant d’entrer en Guyane”.

 

« K’ryops », loin de se poser

 

Gagné par le virus de la forêt, porté par sa passion pour les singes, le docteur vétérinaire accepte une mission de deux ans au Gabon. Au sein du centre international de recherches médicales de Franceville, il procède à des analyses, immunologiques sur des mandrills, comportementales et hormonales sur des gorilles. En charge de la gestion du centre de primatologie, Pierre Moisson fait partie de l’équipe scientifique qui met en évidence que le sel est l’unique facteur d’hypertension chez les chimpanzés, étude qu’il co-publiera dans la revue phare “Nature Medicine”. “Profitant d’autres analyses, j’ai réalisé un Master sur la transmission naturelle de rétrovirus dans une colonie de mandrills. Malgré tout, je ne savais pas si une carrière purement scientifique me tentait. J’ai pris conscience que de m’occuper durablement de singes dans le cadre de recherches pour l’homme ne me motivait pas.  Il faut enfin savoir que trois semaines après mon arrivée au Gabon, j’avais décliné un poste de vétérinaire créé au zoo de Mulhouse”. A son retour en métropole, l’aventure ne cesse pas. Rapide escale auprès des babouins de l’antenne marseillaise du CNRS, avant le passage plutôt déboussolant devant un jury…téléphonique pour un poste en Californie, à l’université de Davis. Rien n’arrête Pierre Moisson.

 

Primatologue attachant

 

Mi- janvier 1995, atterrissage aux Etats-Unis. Mais l’immersion sera de très courte durée. “10 jours à Davis, à mesurer le taux d’oxygène chez le fœtus de bébés macaques et à comprendre que ce n’était vraiment pas mon truc !” Le vétérinaire évoque son parcours avec un naturel et un humour attachants, une captivante simplicité. Ses premiers pas professionnels au zoo de Mulhouse, à partir de juillet de la même année, ne constituent paradoxalement pas un souvenir de choix. Et pour cause : “livré à moi-même alors que le directeur de l’établissement était en vacances, j’ai rapidement hérité d’un drôle de cadeau, avec des cas de tuberculose chez certains félins”, se rappelle Pierre Moisson. “Il a fallu se résoudre à tous les euthanasier, ainsi que les otaries. Le parc a été sans carnivore pour un hiver”. Il a depuis parfaitement su se remettre dans le bain de pathologies plus “classiques”, sachant faire sienne les exigences d’un zoo moderne, résolument accessible au grand public, acteur central de programmes de conservation planétaires. Sa passion pour les singes ne l'a pas quitté : il coordonne depuis Mulhouse les programmes européens d'élevage en captivité de trois espèces de lémuriens, de deux gibbons et du cercopithèque Diane de Roloway. « Il faut mettre les bouchées doubles pour faire comprendre aux gens, aux sceptiques, que les zoos jouent vraiment un rôle crucial dans la préservation des espèces, dans le respect de la biodiversité, et que les prélèvements dans la nature sont terminés depuis 30 ans ». Surtout, l'amoureux de la nature qu'il est veut insister sur une réalité encore trop méconnue. “Le grand public doit s’imprégner d’un constat : énormément de programmes en milieu naturel sont menés grâce à des fonds dégagés par les zoos”.

 

Cap sur la Corse

 

Les milieux naturels justement, Pierre Moisson continue plus que jamais d'y évoluer avec plaisir. Mieux que ça, c’est d’eux qu’il tire ses flashbacks les plus intenses. Accrochez vos ceintures, le tourisme animalier version vétérinaire-voyageur, ça décoiffe ! “ Au Kenya, j’ai en tête une marche avec une brigade anti-braconnage luttant pour la sauvegarde des derniers rhinocéros noirs et le flash de deux femelles courant vers nous à vive allure ! Ou un inventaire de population de zèbres en avion biplace. Ou encore, avec ma femme, qui a appris à apprécier cette forme de tourisme, l’image de nos enfants fascinés par la vision d’éléphants à 4km de nous, avant de les avoir à moins d'un mètre…” Evoquez la mythique réserve naturelle du Masaï Mara, et le récit continue. “Une expérience hallucinante : 8 heures sur le toit d’un 4x4, sous un acacia, à attendre le passage de gnous, à nous déplacer avec l’ombre de l’arbre. Le troupeau finit par traverser la rivière, et des lionnes dormant à côté de nous partent en chasse”. Dans ces moments-là, le vétérinaire se mue en photographe. Des clichés d’un accouplement de léopards en bordure de forêt, voilà qui fascine. Le souvenir d’un trajet dans l’hélicoptère du président Omar Bongo pour réaliser au plus vite l’autopsie d’un gorille en pleine forêt gabonaise, voilà qui reste. L’Afrique et les singes, confie-t-il, “me parlent en direct”. Le déclic, il le situe dans la réserve du Mayombe, durant les heures passées à pister les gorilles, avec les premières odeurs, les feuilles froissées, les bouts de fruits mangés. Il en reparle aisément, à en mettre sur scène les sensations vécues. “Le fameux chest beat, on l’entend toute sa vie”. Professionnellement, personnellement, Pierre Moisson respire l’épanouissement. D’une part, il vous projette dans le zoo de demain, “sans aucun enclos indigne et avec des visiteurs qui ressentiraient totalement ce qu’on veut et peut leur montrer”. D’autre part, après quinze années à Mulhouse dont six comme directeur, il vous annonce qu’il « prend le maquis » pour diriger à partir du mois d’août un centre d’élevage de tortues en Corse. Et le primatologue de 44 ans de préparer sa mue en herpétologue. « Tout s’est fait à l’instinct. Mieux vaut vendre et regretter que garder et regretter », glisse-t-il en citant un proverbe corse. En s’ouvrant à la Grande Bleue et à de nouveaux horizons, il laisse à Mulhouse un parc zoologique dont l’excellente évolution porte sa griffe. Et des pensionnaires, zèbres de Grévy un poil têtus, macaques joueurs ou lionceaux de quelques semaines, qui, même s'il ne l'avoue pas, vont forcément lui manquer…

 

Bio express

Né en 1966 dans un petit village des Deux-Sèvres, berceau du baudet du Poitou.

Diplômé de l'école nationale vétérinaire de Lyon en 1991.

Arrivé en 1995 au zoo de Mulhouse, qu'il dirige entre fin 2003 et juillet 2010.

A partir du 1er août, directeur du centre « A Cupulatta » d’élevage et de protection des tortues (Vero, Corse du Sud)

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