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Les moteurs dans la peau

Portrait du Mulhousien RENE GERUMOn peut être fou de belles mécaniques et ne pas supporter la vitesse. On peut être mécanicien retraité et avoir beaucoup de chance. La preuve dans l'atelier de restauration du plus grand musée automobile du monde, à Mulhouse...

Les 450 bijoux à quatre roues de la Cité de l'Automobile-Collection Schlumpf, il n'est pas loin de les connaître par cœur. Les innombrables modèles stockés dans les réserves, il ne demande qu'à les faire revivre. Le festival automobile, il le vit un peu tous les jours depuis quelque soixante années.  Sourire aux lèvres et mains dans le cambouis, René Gerum remet en état le moteur d'une vénérable Renault d'avant 1914, pour que les jeunes festivaliers puissent la faire démarrer...à la manivelle. Depuis l'atelier où il s'affaire, on entend ronronner les tripes d'une sympathique Gordini qu'un collègue vient de démarrer. Pas suffisant pour couvrir le récit d'une vie passée de moteur en moteur, de voitures en pièces de musée.

 

Défilé aux garages


Gamin, c'était la couture et le bricolage. Tailleur ou mécano, le père tranche dans le vif et envoie René découvrir la vie active chez un marchand de cycles et de motos. Le jeune Mulhousien y fait ses armes et intègre une école de mécaniciens. En 1951, brevet de compagnon en poche, sa quête d'un garage est vaine ; il sera apprenti au sein de la Société alsacienne de constructions mécaniques, service entretien. Le voilà aide-ajusteur, à réparer des séries de machines-outils, à apprendre la résistance des métaux. Il restera une décennie à la Sacm, dont la moitié à s'occuper du parc automobile de l'entreprise. Plutôt mal payé, il cède aux sirènes du franc suisse et part travailler dans un garage de la banlieue bâloise. A dix révisions la journée, René Gerum en voit défiler, des Alfa Roméo, des Austin et des anciennes générations de Skoda. « Mais le rythme de travail m'a vite lessivé physiquement. Je suis revenu en France, au service d'un garage concessionnaire des marques anglaises ». A peine arrivé, et embauché comme mécano, il se joue de la pompe à essence d'une Austin-Healey et remplace le fils du patron au poste de chef d'atelier.

 

La Dino, ce déclic

 

Sa voie est désormais tracée, une carrière professionnelle s'écoulant là, à quelques encablures de l'emplacement du musée automobile. Rien ne prédestine pour autant René le mécano à voir passer entre ses mains les trésors amassés par les frères Schlumpf. Rien, sauf sa passion dévorante pour la mécanique. Une passion qui l'a amené, à la naissance de son fils, à s'engager dans un projet un peu fou : lui réaliser en modèle réduit ½ la Ferrari Dino 156, mythique bolide champion du monde de Formule Un. « Je l'ai mis dedans à 4 ans, en oubliant de lui dire comment freiner. Il a été arrêté par un fossé... » Pendant trente ans, la flèche rouge va patienter dans une cave, avant le chef d'atelier retraité ne se mette en tête de la restaurer, puis de la présenter dans une exposition artisanale à Sausheim. « C'est là qu'un membre d'une association nouvellement créée, les Amis du Musée de l'Automobile, est venu me voir ». Son modèle réduit fascine et se retrouve exposé dans la prestigieuse enceinte du musée. René Gerum intègre lui l'association, à la commission technique, évidemment. Depuis plus de dix ans, il a ainsi son repère dans l'atelier de restauration, où il vient deux fois par semaine.

 

Bugatti contre petite Peugeot

 

Au chevet de quatre roues d'exception, le travail ne manque pas. Le retraité jubile ! La Renault « Taxi de la Marne » de la collection Schlumpf, il se souvient d'y avoir tout remis en fonction. Mieux, il a même l'occasion de se glisser au volant de quelques mythes, d'une Mercedes 720 de 1928 à l'inénarrable Bugatti Royale, « assis sur un coussin pour voir au-dessus du volant », s'amuse-t-il. « Un jour, le musée m'a envoyé avec une Mercedes en Angleterre, au Festival of Speed de Goodwood ; je me rappellerai toute ma vie avoir été côte-à-côte avec Stirling Moss (le formidable « champion sans couronne ») dans une montée ». Autre grand moment d'une retraite vrombissante, 2009 et le centenaire de la marque Bugatti. Il est désigné parrain d'un des modèles propriété du musée, la Bugatti type 73, la dernière à être sortie des lignes de montage historiques.  Le voilà honoré d'être en charge du bon état de marche de cette légende, lui qui avoue rouler dans une « petite Peugeot » (sic) et chercher à se procurer une MG Midget. « Par contre, 100 kilomètres dans cette Bugatti, et vous êtes sourds », explique-t-il tout en épiloguant sur l'histoire de la marque Saab et sur les importateurs de Mini... A 75 ans, René Gerum savoure sa chance de jouer un rôle moteur dans les coulisses de la Cité de l'Automobile, légitime fierté de toute une ville.

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