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Forza Vito !

Vito Sacchi est l'un des derniers purs cordonniers de Mulhouse. Depuis trois décennies, il soigne les chaussures, sacs et autres vêtements des habitants de la Cité et des alentours.  Portrait de ce natif des Pouilles, qui a le travail du cuir dans le sang...

L’épopée industrielle de DMC touche doucement mais inévitablement à sa fin. Avec cette mort annoncée par des années et des années de restructuration, c’est tout un quartier de Mulhouse qui a appris à vivre « autrement ». A quelques mètres des fameux toits en shed de l’usine emblématique, une autre forme d’aventure se poursuit pourtant dans le quartier ouvrier de la Cité. Elle n’a finalement que très peu à voir avec celle de la famille Dollfus. Et pourtant…  « Oh oui, les temps ont changé avec la baisse progressive d’activité chez DMC. Quand l’usine tournait, et qu’il y avait aussi du monde chez Superba, les clients étaient forcément bien plus nombreux ».

 

De Citroën au cuir

 

Des broderies raffinées de DMC au savoir-faire ancestral du cordonnier, il n’y a finalement qu’un pas. Ou une traversée de rue. Avec un délicieux accent transalpin, Vito Sacchi se plonge volontiers dans un passé pas si lointain, celui des années 80 où la sortie de l’usine lui amenait son lot quotidien de visiteurs. Même s’il reconnaît avoir aujourd’hui bien moins de travail, l’artisan n’en a néanmoins pas perdu la foi. Dans son atelier-boutique d'un autre temps, le maître des lieux respire la simplicité. De son parcours d'immigré italien que l'Alsace a adopté, il en parle comme d'un cheminement naturel. « J'ai grandi près de Brindisi, dans la commune de San Vito dei Normanni. En 1965, à 18 ans, je suis parti vers le Nord pour trouver du travail. Arrivé à Mulhouse, j'ai atterri à l'ancienne usine Citroën de la ville. Ce n'est qu'en 1981 que j'ai acheté le fonds de commerce de la cordonnerie de la Cité pour y reprendre l'activité. J'y donnais il est vrai un coup de main depuis plusieurs années déjà... »

 

Amour du métier...

 

Car le savoir-faire du cordonnier, Vito l'a au plus profond de lui. Dans la commune des Pouilles qui l'a vu naître, son grand-père et son père étaient cordonniers. Sa jeunesse a été partagée entre l'école -le matin- et l'atelier familial -chaque après-midi, « présence obligatoire », glisse l'intéressé-. A l'époque, toutes les réparations étaient réalisées manuellement. « Maintenant, c'est autrement plus facile, avec les machines ». Celles de Vito valent presque à elles seules le déplacement : il y a la « Blake », véritable monstre métallique datant des années 50, pour coudre les semelles en cuir. « Elle tourne encore très bien », se félicite l'artisan en sortant d'une armoire un catalogue ancestral qui en référence les pièces de rechange. Une bonde de finition et une superbe « Singer » complètent l'équipement mécanisé. Pour le reste, une impressionnante collection d'outils, du tournevis à la brosse spéciale en passant par un instrument pour écarter les souliers, servent aussi à donner une nouvelle jeunes aux sacs, chaussures, vestes en cuir et autres systèmes de fermeture qui transitent par la cordonnerie de la Cité.

 

...amour du foot

 

Si l'activité est moindre qu'il fût un temps, si les chaussures ne sont plus ce bien précieux que l'on répare indéfiniment, le travail ne manque pourtant pas. Nettoyage, pose de colle, couture, lissage, ponçage, les journées de Vito Sacchi sont bien occupées. « Et il y a quand même des clients qui ont encore de bons souliers », sourit-il. Aujourd'hui, il reçoit la visite du représentant de la coopérative des chausseurs et bottiers, qui vient mensuellement du Bas-Rhin le livrer en semelles, lacets et autres talonnettes, « tout ce dont je manque, quoi ! ». Au même moment, Vito salue chaleureusement et réceptionne les chaussures de celui qui est un peu plus qu'un habitué des lieux. Ginès Barnabé, 87 ans, a travaillé dans la même usine que le cordonnier. « J'apporte toujours mes souliers ici et ma fille, secrétaire de direction chez DMC, en fait de même », tient à préciser l'ancien militaire de carrière. « Ma fidélité est autant due à la garantie du travail bien fait qu'au plaisir que je prends à venir pousser la porte de la cordonnerie ».  Lors d'un moment plus calme, l'artisan ne manque pas de s'attarder sur sa seconde grande passion, le calcio, comprenez le football italien.  Les murs de son atelier en disent long ; ils sont couverts  de posters et photos de l'équipe d'Italie et surtout de « sa » Juventus de Turin, dont Vito est allé voir de multiples rencontres. Autant dire que les dimanches, son unique jour de congés mais surtout jour de matchs de l'autre côté des Alpes, sont sacrés. Mais déjà, malgré les débats autour d'une Coupe du Monde déjà terminée pour « sa » squadra azzura de coeur, le travail le rappelle.

 

En voie d'extinction

 

Un client lui amène une paire de Converse All Star déchirée. Le cordonnier analyse les dégâts, propose une solution et estime un délai de réparation. Héritier d'une tradition familiale, profondément amoureux de son métier, il prend un plaisir évident à évoluer dans ce petit atelier, « mon deuxième chez moi ». Evidemment, la question de l'avenir de sa profession l'interpelle. « Ici, je ne vois vraiment pas qui voudrait reprendre mon activité. J'en parle tout de même régulièrement à mon petit-fils, mais je ne peux pas l'obliger. Et en attendant, tant que la santé va, on travaille ! » A son installation, le seul quartier de la Cité comptait pas moins de cinq cordonniers. 28 ans plus tard, il n'y en a même plus la moitié sur l'ensemble de Mulhouse. La zone de chalandise de la cordonnerie de Vito s'en trouve élargie : les clients viennent de l'extérieur de la ville, des vallées environnantes, tandis que beaucoup de fidèles du quartier continuent d'honorer son savoir-faire artisanal. Les valeurs de l'ouvrage bien fait et du service personnalisé ont plus que jamais de l'avenir. Encore faut-il aimer ce que l'on fait, aimer travailler tout court...

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