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Ce stade qui ne tremble plus

C’est l’une des rivalités les plus exacerbées du sport professionnel. L’équivalent d’un Barcelone-Real Madrid sur une pelouse ou d’un Oxford-Cambridge à la rame. Depuis 110 ans, le baseball américain vibre au rythme des duels entre Yankees de New York et Red Sox de Boston. Direction le Bronx pour s’imprégner de l’affrontement historique et…tirer le portrait d’une drôle de soirée.

Sortie à l’air libre après 25 minutes de métro depuis Manhattan : il est 18 heures, la nuée de casquettes bleu et blanche montre la voie à suivre. De toute manière, le stade est immanquable, immense et vertical. Avant, là, il y avait le Yankee Stadium. Le vrai. Tous vous le diront, la vénérable bâtisse de 1923 était devenue plus qu’un terrain de baseball. Au fil des saisons et des histoires, elle avait fait sienne la légende de son hôte, l’équipe la plus titrée du sport américain. Les autres équipes avaient leur stade, les New York Yankees leur cathédrale. « Promis, lors de certains matchs chauds, l’ambiance était indescriptible. Toutes les tribunes bougeaient », assure un journaliste qui couvre le baseball depuis 30 ans. On veut bien le croire. Mais voilà, de Yankee Stadium il n’y a plus. Ou plutôt si, mais différent.

 

Le vieil édifice a été détruit en six mois. La nouvelle enceinte, inaugurée en 2009, est sortie de terre à quelques mètres de là. Ultramoderne, évidemment. Remplie de boutiques en tous genres, of course. L’écran géant est vraiment géant. De partout, une vue parfaite. Oui mais voilà, ce soir les Red Sox sont dans la place. Ces Red Sox tant haïs par le peuple yankee. Le stade ne devrait-il pas commencer à s’échauffer ? Les banderoles à fleurir ? Les fans à s’exciter ? Mauvaise adresse, visiblement. Des rangées entières à 2.000 dollars le fauteuil, ça n’amène pas des troupes déchaînées. Idem pour la galerie de loges luxueuses. Quant au reste de l’assistance, il a pour l’instant d’autres préoccupations que de mettre l’ambiance.

 

Une rencontre de baseball, c’est long, il faut faire des réserves. Les boissons à bulles coulent donc à flots, quand nachos et pop corn croustillent à gogo. Pendant ce temps, il s’est mis à pleuvoir à torrent. Début du match décalé, glisse un voisin abonné à l’année. Personne ne s’inquiète. Les 45.000 spectateurs du jour ont une qualité formidable, la patience. Et surtout de l’appétit ! Aucun nouvel horaire n’est annoncé, parfait pour le commerce. L’occasion d’en savoir plus sur le fond d’une rivalité vieille comme le baseball ou presque. En 1919, les Yankees commettent le crime d’acheter aux Red Sox le joueur star d’alors et future légende, un certain Babe Ruth. Depuis, tous les opposent, comme tout oppose Boston la cultivée à New York la puissante.

 

Quand par malheur les Yankees sont moins performants, ils renflouent leur effectif à coups de millions. Boston la joue plus discrète, moins ostentatoire. Et souvent tout aussi performante. « Avec celui des Chicago Cubs, l’antre des Red Sox -Ndlr, Fenway Park- reste en plus le dernier vrai stade de baseball du pays », ajoute un chroniqueur. Comprenez, on y est mieux qu’à New York. Pour autant, on n’est vraiment pas mal au Yankee Stadium, même avec la pluie qui n’arrête pas de tomber. On apprend que le match à venir doit rapprocher un peu plus une des vedettes locales (Derek Jeter) de la barre symbolique des 3.000 coups frappés en carrière. Mieux, après trois heures d’attente et de spots publicitaires, on peut vous jurer qu’en configuration concert, le stade saura faire honneur à Metallica et à Paul McCartney cet été.

 

Et le sport, dans tout ça ? Sur le grand écran, la finale du basket américain a pris le relais, au grand bonheur des spectateurs. Oui mais voilà, il est 22 heures et il s’arrête de pleuvoir. Trente minutes pour préparer le terrain et, miracle, le choc va avoir lieu. La foule rugit de plaisir, pas plus de quelques secondes, avant de se replonger dans son plateau-repas. Arrive la présentation des équipes : chaque « bombardier du Bronx » est ovationné, un seul Red Sox vraiment sifflé…pour avoir fait la misère aux New Yorkais la veille. Rien à se faire dresser les poils. Dans les tribunes, aucun mot plus haut que l’autre. Les maillots rouges de Boston côtoient tout en sourires les chemises floquées du fameux « NY ». L’hymne national retentit, tout le monde se lève comme un seul homme. Place à l’action.

 

A chaque temps mort, et Dieu sait que le baseball en regorge, le public est invité à prendre une part active au show : caméra « surprise », défis, concours, déclaration d’amour, tout y passe. Spontanément, il ne fait que très moyennement monter l’ambiance. Battes en main, ce sont les Yankees qui dominent la rencontre, semblant filer vers une victoire tranquille. Sans folie ni effusions de joie. Jusqu’à la septième manche, moment (mal) choisi par le lanceur new yorkais pour s’effondrer et laisser s’envoler les Red Sox. Pendant quelques minutes, les balles frappées par les ennemis jurés partent aux quatre coins du stade. Réactions courroucées dans les travées ? Mauvais adresse, encore une fois.

 

Boston mène 8-2, le match est plié. En huit face-à-face cette saison, sept ont échappé aux Yankees. De quoi montrer un poil de mécontentement, vous avouerez ! Mais non, c’est comme ça, le match est un spectacle et les spectateurs pas des supporters, au sens européen ou sud américain du terme. « Les Red Sox sont juste plus forts aujourd’hui », voilà la rengaine alors que le stade se vide. Score final 8-3 pour les « Chaussettes Rouges ». Un soir de confrontation soi-disant électrique, on reste un peu sur sa faim, sans jeu de mots indigeste. La longueur de la saison de baseball, 162 rencontres d’avril à octobre, y est assurément pour quelque chose dans cette apathie généralisée. Mais sûr que comme ça, le nouveau temple du Bronx n’est pas près de trembler sur ses fondations.

 

 

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