NEWS
PDF
Imprimer
A- A+
Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur LinkedIn

Huet, de feu et de glace

Star mais anti-vedette, il revient en équipe de France pour les championnats du monde. Titré mais désavoué, il revient d’une réception à la Maison Blanche. Portrait de Cristobal Huet et d’une carrière à double sens…

Autant être honnête, sa saison a été franchement pourrie. Son employeur ne croit plus en lui. Son aventure dans le meilleur championnat au monde s’est finie comme un mauvais film. Son proche avenir interroge plus qu’il ne réjouit. Y a-t-il une raison, une seule, de s’appesantir sur un cas aussi désespéré ?

Paradoxalement, peut-être bien que oui. Peut-être bien car le cas en question ne l’est justement pas, désespéré. En voilà une raison, une bonne : il a la tête sur les épaules. Ce personnage à double entrée, un comble pour un gardien de but, c’est Cristobal Huet. "Cristo" pour les intimes, le numéro un du hockey français pour les autres.

 

Février 2003, patinoire d’Ottawa. Huet revêt pour la première fois la tunique des Los Angeles Kings. Il va être le deuxième Français à jouer dans la prestigieuse NHL (ligue professionnelle nord-américaine).  Ou presque. Ce soir-là, il n’entre pas en jeu, c’est le jeu qui vient à lui. « Assis sur le banc, je me suis pris un palet sous l’œil droit », se souvient-il. Marqué à vie par son baptême, chambré à l’envi par ses coéquipiers.

Quelques jours plus tard, il entre en action, pour de bon. Premiers arrêts, première victoire contre Pittsburgh. En fin de rencontre, il réalise une parade décisive devant la star d’en face, Mario Lemieux. Une icône du hockey sur glace. « Il m’a mis un coup de crosse dans les jambières au coup de sifflet final ». Comme pour dire, bien joué gamin. Son rêve de percer en NHL prend forme.

 

Cher payé pour jouer en Suisse

 

La réalité sera fidèle à cette introduction en deux temps : des hauts, des bas, un jour titulaire, le lendemain remplaçant. Un match ahurissant, le suivant plus quelconque. Installé dans le café qui jouxte la patinoire du HC Fribourg-Gottéron, son club depuis octobre dernier, Cristobal Huet en impose pourtant par son aplomb. Quand il se raconte, sirotant un Coca light, la voix est monocorde. Son actualité, elle, est double. Tiens donc…

D’une, il y a l’équipe de France, les championnats du monde en Slovaquie début mai. Trois ans qu’il n’a plus endossé le maillot tricolore. « J’y vois une chance de finir ma saison sur une meilleure note qu’elle ne s’est déroulée ». Une occasion aussi de côtoyer son « successeur » en NHL, le jeune Stéphane Da Costa qui vient de signer pour les Ottawa Senators.

 

De deux, il y a cette situation contractuelle un poil rocambolesque. A l’été 2008, il a touché le pactole, paraphant un contrat de 22,5 millions de dollars sur quatre ans avec les Chicago Blackhawks. 75.000 euros la semaine, vingtième sportif français le mieux payé. Au débarras, la Renault 5 Campus de ses débuts à Grenoble ! « Sportivement, ce même contrat me fait mal aujourd’hui ».

Explications : après deux saisons dans l’Illinois, Chicago ne veut plus de lui. Huet est prêté à Fribourg mais toujours rémunéré par les Blackhawks, qui ont du coup tous les droits sur lui pour la saison prochaine. « Je n’ai pas les cartes en main ; Chicago peut me prêter ailleurs, m’échanger, voire racheter ma dernière année de contrat ». Philosophe, il assure dormir sur ses deux oreilles.

 

Ses parents n’ont-ils pas appris à "Cristo" à bien garder les pieds sur terre ? La mère fonctionnaire municipale comme le père retraité de l’Education nationale -et « sportif du dimanche » dixit le fils amusé- se félicitent de ne pas l’avoir vu prendre le melon. Laurent, un ami d’enfance, également : « Il est resté le même, la simplicité incarnée. Je crois le voir 20 ans en arrière ».

Posé en Suisse depuis six mois, Huet aimerait bien y rester à s’occuper de ses deux bambins. « En père de famille, pas par intérêt fiscal », sourit-il. Marié à une Suissesse, le hockeyeur est depuis quelques semaines l’heureux détenteur d’un passeport de la Confédération. Débarqué en 1998 à Lugano avec le salaire minimum, et surnommé « le clochard » par ses coéquipiers, il est revenu millionnaire. Un grand écart de plus.

 

Constant dans le labeur

 

Pas de doute, sa vie sportive aura emprunté des montagnes russes. L’étape de trois saisons à Montréal fait office de symbole. Des performances de premier choix puis une sérieuse blessure à la cuisse. Une histoire d’amour avec le connaisseur public québécois (des gens venaient aux matchs déguisés en Français, avec béret et baguette !), puis un divorce pénible avec ce club qui l’échange sans préavis.

Pompon des « cycles Huet », les dernières semaines à Chicago : titulaire jusqu’alors, le Grenoblois est subitement relégué sur le banc. Son équipe remporte le titre suprême, lui ne joue pas. Mais devient tout de même le premier Français au nom gravé sur la coupe Stanley. Le pire, ou le meilleur, dans tout ça ? Huet n’en veut à personne, savoure mais ne jubile pas. « Cristobal ne fera pas de vagues, jamais. Par contre, il travaillera en silence, encore et toujours », témoigne Christian Maillet, un des entraîneurs qui l’a formé en Isère.

 

Des hauts et des bas, donc, pour une carrière autant discrète qu’exemplaire. « J’essaie juste d’être une bonne personne ». Un bon juge aussi, regard bleu dans le vague, quand on lui demande une autoanalyse. « Trop gentil. Un peu j’me foutiste et plutôt fainéant. Mais seulement hors de la glace ». On ajouterait volontiers introverti. "Cristo" se frotte les mains à les user et finit par chuchoter : « ah oui, je n’aime ni me lever ni me coucher ». Sourires.

A 35 ans, le porte-drapeau du hockey tricolore refuse de songer à la retraite. Il semble avoir tiré un trait sur un retour en NHL. Sans nostalgie ni rancœur. Le mois dernier, l’Amérique l’a pourtant rappelé, peut-être pour la dernière fois. Tous les champions en titre étaient invités à la Maison Blanche par le premier supporter des équipes de Chicago. « Serrer la main d’Obama, ça ne se refuse pas. Mais franchement, ma femme était plus à fond que moi ! » Il est comme ça, Cristobal Huet. Simple comme un grand enfant qui en a vu d’autres. Et authentique comme un grand monsieur.

 

 

 

Cristobal Huet en cinq dates

 

Né le 3 septembre 1975 à Saint-Martin-d’Hères (Isère)

1995, premier match professionnel avec les Brûleurs de Loups de Grenoble

Février 2003, premier match en NHL avec les Los Angeles Kings : il est le deuxième joueur Français après Philippe Bozon à jouer en ligue nationale.

24 janvier 2007, sélectionné parmi les meilleurs gardiens, il participe au match des étoiles (All Star Game) de la NHL

9 juin 2010, il remporte la Coupe Stanley avec les Chicago Blackhawks

 

 

 

 

 

Photo et texte, toute reproduction sans mention du site PlanetPortraits.fr est interdite.

Commentaires

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour ajouter un commentaire.

 

 

 

 

Afficher les articles par tag

Lunettes solaires, Visiofactory.com, l'Optique à prix d'usine !
Soutenez Planet Portraits sur J'aime l'info

Page

Votre compte

Liens