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L’Erythrée à toute allure

Portrait d'un cycliste surprenant - Il aurait pu, comme tant d'autres, ne jamais avoir la chance de montrer son talent sur la scène internationale. Il aurait surtout pu se voir priver, par un cœur défaillant, du sport qu'il aime. Du haut de ses 21 ans et de son mètre 90, l'Erythréen Daniel Teklehaimanot détonne et étonne dans les pelotons européens...

A Debarwa -petite ville à 25 kilomètres de la capitale Asmara- et dans ses proches environs, il y avait jusqu'à présent deux richesses. L'une historique avec un sous-sol gorgé de cuivre, de zinc et surtout d'or. L'autre sportive, et en bronze aux Jeux Olympiques d'Athènes sur 10.000 mètres, en la personne de Zerisenay Tadese. Voilà qu'à grands coups de pédales, un gamin autant longiligne que souriant commence lui aussi à faire la fierté de sa province rurale. Evidemment, on est encore très loin de la classe et du palmarès du premier médaillé olympique de l'histoire de l'Erythrée, mais Daniel Teklehaimanot a tout pour lui. Tout pour faire parler de Debarwa et de son petit pays.

 

Sur les traces de Tadese

 

« Pour vous, Européens, c'est un village, mais pour moi une vraie ville, où j'ai effectué toute ma scolarité, de l'élémentaire au lycée ». Daniel n'aura jamais un mot déplacé pour l'endroit qui l'a vu naître et grandir, « son » Debarwa. C'est là que, dès le plus jeune âge, il a goûté aux joies du sport pendant que ses parents géraient le troupeau et la ferme. Il y eût d'abord le football, mais ces mêmes parents n'étaient pas ravis de voir le petit Daniel taper dans le ballon plutôt que faire ses devoirs. Il y eût donc le vélo, avec des premiers coups de pédales à dix ans. Et la première course à treize. Vite conquis par un sport très populaire en Erythrée, le gamin se rappelle de sorties sur deux roues en compagnie de la future vedette Tadese, qui n'avait alors pas encore opté pour la course à pied. La gloire, Daniel ne l'effleure même pas, même s'il enchaîne les succès dans des épreuves locales.

 

Atterrissage en Suisse

 

En 2008, à tout juste vingt ans, le voilà pourtant propulsé sur le devant de la scène continentale : aux championnats d'Afrique sur route, il finit deuxième de la course en ligne espoirs et gagne le contre-la-montre. Au bord des chaussées marocaines, ses performances ne passent pas inaperçus. Un entraîneur français, longtemps dans le giron de la direction technique nationale, a l'œil. Et pour cause. Michel Thèze écume depuis 2005 le monde du vélo pour détecter les jeunes les plus prometteurs. Promu directeur sportif du Centre Mondial du Cyclisme mis en place par l'Union Cycliste Internationale, il a pour mission de cibler de jeunes coureurs issus des nations émergentes et leur proposer un encadrement temporaire dans la structure basée en Suisse (Aigle). « En Daniel, c'est à la fois le cycliste et le comportement qui m'ont plu », témoigne le technicien. « A vingt ans, il parlait avec maturité, mettait sa famille en avant, imposait par sa simple présence. Je lui ai suggéré de venir quelques temps au sein du Centre ». Une offre difficile à refuser. Daniel débarque en Suisse début 2009, abasourdi par la température hivernale.

 

Mise sur orbite

 

Refroidis, le jeune Erythréen et son nouveau club vont pourtant l’être avec autrement plus d’inquiétude à l’issue de la traditionnelle visite médicale : on lui détecte une anomalie cardiaque provoquant d’importantes crises de tachycardie. S’en suivront quatre mois de soins, dont une intervention à Lausanne, et d’incertitudes quant à son avenir cycliste. Le dénouement sera heureux, puisque son cœur est finalement déclaré apte à la compétition à la fin du printemps. « J’ai la sensation que Daniel n’a pas du tout réalisé le sérieux et les enjeux de son problème », sourit aujourd’hui Michel Thèze. Au point que sa reprise est fulgurante : à la fin de l’été, le voilà terminant le Tour de l’Avenir à une excellente sixième place. Révélation du melting-pot rassemblé au sein du Centre mondial, l’Erythréen suscite l’intérêt de structures professionnelles. Un intérêt renforcé par son début de saison 2010, agrémenté de victoires régionales et surtout d’un succès, en juin dernier, lors d’une étape de la Coupe des Nations UCI Espoirs au Québec. « Là, j’ai vraiment senti que j’avais progressé depuis mon arrivée en Europe », se remémore l’intéressé.

 

La chance de sa vie ?

 

Un Tour Alsace discret cet été ne décourage pas l’équipe suisse Cervélo de lui proposer un contrat stagiaire. Depuis quelques jours, il a ainsi revêtu la tunique de Carlos Sastre et autre Thor Hushovd, préparant sa première sortie officielle à la « Classic de l’Indre » le 29 août. Fana de films et joueur de volleyball à ses heures perdues, le gamin de Debarwa a bien grandi. « Même s’il est très nerveux intérieurement, il dégage une sérénité et un détachement extérieurs qui peuvent être sa force sur le long terme », garantit celui qui l’a fait venir en Europe. « Il a même déjà une incroyable culture vélo ». Surtout, Daniel Teklehaimanot conserve la tête sur les épaules. Avant lui, d’autres cyclistes africains avaient rejoint le Centre mondial uniquement pour quitter à jamais leur pays. Pas de ça pour lui. A la seule évocation du phénomène, il s’offusque et n’est pas loin de se vexer. « Non, vraiment, je sais que je veux retourner dans mon pays, montrer l’exemple à tous ces jeunes qui adorent le vélo. Mais avant cela, je vais tout faire pour devenir le meilleur ». Et s’assurer la fierté de ses dix frères et sœurs, de sa ville natale et de son peuple de la Corne africaine…

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