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Au bon son de Rino

Portrait du chanteur RINO RIVERS - On pourrait y voir l’aboutissement d’une carrière artistique toute sauf ordinaire. De l’aveu de l’intéressé, enregistrer pour la télévision italienne constitue plutôt une belle marque de reconnaissance dans son pays natal. Portrait de Rino de Muru, alias Rino Rivers, de ses quatre décennies sur les scènes d’Alsace et de ses sympathiques « accidents ».

« Innamorato », « Da mi la mano » et « Senza lei », trio romantique gagnant : après avoir intégré…le top 50 à leur sortie, ces trois chansons et leur interprète ont traversé les ans et les époques pour mieux retentir. Rino Rivers revient juste de Rome où il a enregistré ces mélodies pour l’émission transalpine « Mille Voci », diffusée cet été sur 270 chaînes câblées à travers le monde. Et évidemment en Italie… « La famille va enfin me voir et m’entendre », sourit le chanteur. Derrière ses mots innocents, le rêve à peine voilé de boucler un album dans ce pays qu’il a quitté tout jeune, ce pays où il n’a paradoxalement aucun contact dans la sphère artistique.

 

Mélodieuse obscurité

 

L’aventure de Rino et de ses nombreux patronymes -de Muru l’officiel, Lombardi et Rivers pour la scène- débute en Sardaigne, à une cinquantaine de kilomètres de Cagliari. Perdu dans les terres et la ruralité, le village de Gonnosfanadiga est celui de l’insouciance enfantine. « Nous étions pauvres mais heureux, éduqués à l’ancienne dans le respect des valeurs civiques ». En novembre 1960, la page sarde se tourne : la troupe de six frères et sœurs, dont Rino, débarque avec parents et bagages dans le Sud de l’Alsace, où le père a trouvé un poste de chef de chantier. « A Gonnosfanadiga, en rentrant de l’école, je chantais toujours par peur du noir », glisse Rino de Muru. « Arrivé en Alsace, j’en ai fait de même…mais me suis bien vite fait reprendre par le voisinage ! » La différence de mentalité est un cap délicat à passer. La musique va le porter au-delà de ces préoccupations.

 

Décollage en chansons

 

La musique le prend et ne le lâchera plus. Rino œuvre sur le chantier paternel pour payer sa première guitare et les cours qui vont avec. Un an plus tard, le premier cachet tombe : « 100 francs après un petit concert dans un restaurant de Mulhouse pour Nouvel An. Ampli et guitare à la main, je suis rentré chez moi et ai posé l’argent sur la table de nuit de ma mère ». Bien vite, il s’offre un « diamant » (sic) à sa mesure, l’emblématique Fender Stratocaster. Les bals s’ouvrent à lui, d’autant qu’il rejoint en 1966 l’orchestre des Rivers. Le tournant de sa vie est un succès, d’abord sur les bords du Rhin, ensuite partout dans la région. Le chanteur-guitariste Rino fait le show, croise Juliette Gréco, prend un plaisir fou dans les dancings et aux kilbes de village, rencontre sa future épouse à l’un d’entre eux et décide de créer son propre groupe. Le Rino Rivers Groupe prend son envol et, fort de deux à trois nouveaux morceaux par semaine, crée « en toute modestie » le bal-spectacle. A côté, Rino est tour à tour coursier et VRP ; ses revenus servent à changer de sono tous les ans et à « se saigner pour acheter un combi Volkswagen afin de déplacer matériel et musiciens ». Le public répond présent. Devant tant de monde, comme il aime à le répéter, chaque chapiteau, troué ou non, est son Olympia.

 

Sur la Place des Canons en ruine, Rino…

 

Avec son timbre « à la Adamo », Rino va aussi connaître la gloire hors d’Alsace. Ce sont ses « accidents de parcours », dont il parle comme du reste dans la plus grande simplicité. 1976, le contrat signé chez Eddie Barclay, le cigare et les plaisanteries du boss : Rino ne réalise qu’un 45 Tours, « Bella Bellissima », sous le pseudonyme de Fabiano et une tournée…en Corse. Sa carrière nationale s’éteint aussi vite qu’elle s’est allumée. Sans regrets. « C’est par les coups de bâton que l’on apprend et avance ». Le retour sur terre n’est même pas difficile. Son groupe a besoin de lui et « les bals sont une super école ». La vie s’écoule de week-end en week-end jusqu’en 1989 et une rencontre avec le producteur romand Alain Morisod et son groupe des Sweet People. Voilà, quatre ans plus tard, Rino le chanteur débauché pour quatre tournées. Voilà Rino l’émigré italien à la découverte du monde, passant en quelques jours d’une fête de village dans le piémont vosgien à l’opéra d’Ottawa. « La tournée de trois mois au Québec, ces 80 dates, ces quatre soirs sur la Place des Arts de Montréal, ce clin d’œil à Sardou au Grand Théâtre de Québec resteront gravés à jamais ». Auparavant, il avait déjà un peu « goûté » à l’exotisme de l’étranger. Lors d’une émission enregistrée à Strasbourg en compagnie d’un tout jeune talent québécois nommé Céline Dion. Lors de la sortie de son disque « Amoureux » chez Sony, où le succès envoie Rino Lombardi au Liban. « J’y devançais Elton John dans les classements, on m’a donc invité à venir chanter sur place. Se produire dans un Beyrouth qui sortait de 17 ans de guerre, sur une Place des Canons en ruine, le public en délire, la rencontre avec Renaud ou Leforestier, tout était un peu irréel ».

 

Jeune Sarde, disque d’or et Beatles

 

Rattrapé par son amour de l’Alsace, sa passion pour l’orchestre et son attachement au public populaire, il quitte les Sweet People et revient au bercail. Le chanteur se lance dans une deuxième vie, celle d’homme d’affaires gestionnaire de complexes nocturnes. Devant la perte de vitesse des bals et autres fêtes villageoises, il fait construire ses propres boîtes en 1999 (Altkirch, Le Phare) et en 2006 (Sierentz, Le Best Of). Là encore, le succès est au rendez-vous. Mais la scène et le chant restent ses moteurs. Rino le businessman met l’une de ses affaires en location pour se dégager du temps artistique. Pour pouvoir répondre à chaque sollicitation musicale, sans envisager le moins du monde une fin de carrière. « Quand je vois Aznavour à 86 ans… » Sa séance d’enregistrement dans les studios romains l’a même rajeuni en ravivant ses racines et amitiés transalpines. Dans son bureau, le portrait d’une jeune Sarde -à côté de son disque d’or au Canada et de paroles manuscrites des Beatles…- ne manque pas de lui rappeler d’où il vient. Fier de ses origines rurales, de son adoption alsacienne, de son public fidèle, de ses enfants (Stéphanie présente les informations sur BFM TV, Julien est un futur pilote de ligne), Rino de Muru savoure. Et continue de plus belle de chanter l’amour.

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