NEWS
PDF
Imprimer
A- A+
Partager cet article sur Twitter Partager cet article sur Facebook Partager cet article sur LinkedIn

Moi, Lion de Belfort

Patrimoine / Son père est un patriote alsacien qui a éclairé le monde. Sa ville a résisté héroïquement aux Prussiens. Elle l’a commandé pour symboliser cette résistance. 131 ans après sa naissance, il vient enfin d’être inauguré en grandes pompes. Le Lion de Belfort, autoportrait…

Ne m’en parlez pas, je suis largement centenaire. Mais avec mon teint rose de jeune premier, j’ose encore croire que je ne fais pas mon âge ! Je symbolise la résistance militaire à l’ennemi.

Mais sincèrement, plus placide que moi, tu meurs. Sans fausse modestie, je suis dix fois plus grand que tous mes congénères. Mais tout a été fait pour que ma raison d’être demeure discrète.

 

Patriote discret

 

Je n’en suis pas à une contradiction près. La meilleure pour la fin ? Moi, ô roi des animaux, ô animal monumental façonné par le génial Bartholdi, j’ai été inauguré en cinq petites minutes.

A la nuit tombée, éclairé par un vulgaire feu de Bengale. D’accord, cela nous ramène deux siècles en arrière. Mais ce soir d’août 1880, il me reste en travers de la gorge.

 

A l’époque, les circonstances politiques imposent de ne pas provoquer l’Allemagne. Or je suis l'orgueil de la France dans la guerre perdue de 1870. Belfort a résisté pendant 104 jours aux Prussiens, j'incarne l'héroïsme, la souffrance. La fierté de toute une cité.

Pourtant, la discrétion l'emporte sur l'importance de mon message. Même mon concepteur n'a pas sa tête qu'à moi : je ne suis pas encore adossé à la citadelle belfortaine qu'il s'affaire déjà autour d'une grande dame drapée dans un pyjama vert.

 

Non mais !

 

Sûr que j'ai eu mes accès de jalousie. A peine posée sur son socle new-yorkais, cette Miss Liberty a reçu les honneurs d'une parade navale, d'un défilé militaire. Et moi, un vulgaire artifice ? Franchement, je vaux mieux que ça.

J’aurais pu bouder dans mon coin, j’ai choisi de garder la tête haute. J’aurais pu me ficher de mon allure, j’ai la crinière grandiose. Les muscles saillants. Les naseaux au vent.

 

« So wonderful », dit de moi ce couple d’Anglais. Mine de rien, j’entends aussi ces retraités bourguignons : « Quelle majesté ! Belfort a la chance d’avoir une telle œuvre d’art ». Waouh, il y aurait de quoi ronronner.

Au lieu de ça, gueule à demie ouverte, je suggère mes canines et amorce un rugissement. Non mais. Je suis le protecteur de la ville, pas un chaton flatté.

 

Deux mots à dire

 

Mon créateur voulait que je devienne « nécessaire à l’œil » ; en grès rose et pas en calcaire blanc, j’ai tout de même relevé le défi. Quoique monumental, on m’a enjoint de me tenir sur la réserve. J’ai soutenu la gageure.

Mon créateur m’a ciselé après des heures au Jardin des Plantes à observer un collègue ; je suis toutefois apparu au monde…privé de langue (en réalité, la langue n'est que dissimulée : les derniers travaux de restauration ont attesté de sa présence au fond de la gueule de l'animal !). Quoique diablement volontaire, j’ai donc renoncé à exprimer ce que mon cœur de félin accumulait. Jusqu’à ce jour.

 

Il m’aura fallu attendre 131 ans -une pacotille dans ma vie pétrifiée- pour que je sois à la fête. Pour que je retrouve la parole. Un énorme drap blanc m’a soudain dissimulé, deux jours durant. Je n’en menais pas large. J’ai retenu mon souffle, vérifié ma crinière.

Qu’allait-on penser de moi, fauve nombriliste racontant sa vie ? En un éclair, le drap est tombé. Applaudissements. Marseillaise. Promis, juré, j’ai remué les lèvres : « Merci Belfort », car c’est ma ville. « Pour la vie ».

 

 

 

17h44, dimanche 18 septembre 2011, le Lion de Belfort est officiellement inauguré en clôture de la Grande Fête du Lion. Une plaque apposée sur le rocher immortalise l’événement. Un nouveau système d’éclairage illumine et valorise désormais l’œuvre de Bartholdi.

 

Photo et texte © Planet Portraits, toute reproduction sans mention du site planetportraits.fr est interdite.

Commentaires

Par Julien le 20/09/2011 à 10h19

Il semblerait, d'après Wikipédia, que le Lion possède bien une langue. Je pense que ça demande vérification de la part d'un journaliste chevronné, qu'en penses-tu ?

Par Florent le 21/09/2011 à 21h53

Oui il en a bien une ! d'où le "je suis apparu au monde...", la fameuse langue n'étant pas visible du visiteur. Après, c'est le Lion lui-même qui fait sa petite crise en disant qu'il était ainsi privé de la parole, le pauvre...

Ajouter un commentaire

Vous devez vous connecter pour ajouter un commentaire.

 

 

 

 

Afficher les articles par tag

Lunettes solaires, Visiofactory.com, l'Optique à prix d'usine !
Soutenez Planet Portraits sur J'aime l'info

Page

Votre compte

Liens