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Portrait d’un sanctuaire métallique

SARREBRUCK / Au cœur de la Sarre allemande, l’enchevêtrement de colossales machineries métalliques témoigne de l’épopée sidérurgique en Europe occidentale. Depuis 25 ans, les six hauts fourneaux de Völklingen ne produisent plus de fonte, mais le site a réussi sa reconversion : ici à côté de Sarrebruck, la production métallurgique a fait place au tourisme culturel.

VISITE EN IMAGES

 

Des wagonnets remplis de fonte liquide. On jurerait en avoir aperçu au détour d’une allée. Des compteurs électriques. Quasiment sûr d’en avoir vu un disjoncté sous nos yeux.

Des manivelles par centaines. L’une d’entre elles vient forcément de se mouvoir. Non, non et trois fois non. Tout est strictement immobile depuis un quart de siècle.

 

A Völklingen, la consommation de substances interdites n’est pas plus permise qu’ailleurs, mais il est un endroit où l’imaginaire ne rencontre aucun obstacle pour surpasser la réalité. Cet endroit, c’est la Völklinger Hütte.

Ici, toutes les installations se sont tues le 4 juillet 1986. Le sixième haut fourneau a été le dernier à s’arrêter. Pourtant, 25 ans après la fin de la production de fonte, plus de 130 ans après les débuts de l’activité métallurgique, l’aventure se poursuit aujourd’hui.

 

À Millau

 

De deux manières. D’une part, l’usine sidérurgique Saarstahl continue de produire un acier que l’on retrouve aussi bien dans l’ossature du viaduc de Millau qu’au cœur des pneumatiques Michelin. Forge et laminerie tournent toujours. Simplement, le minerai de fer ne vient plus de Lorraine mais du Canada ou de Mauritanie.

D’autre part, imbriquée dans ce complexe industriel en activité, cette usine qui produisait la fonte brute, concassant et transformant pendant plus d’un siècle la précieuse matière première tirée des gisements voisins.

 

Faute de moyens, le site de production n’avait guère été modernisé depuis les années 30. De quoi accélérer sa fermeture. De quoi surtout lui donner une valeur patrimoniale sans égale en Occident.

Résultat, il a été le premier monument industriel du XIXe siècle inscrit au patrimoine mondial par l’Unesco en 1994. Les six hauts fourneaux étaient sans doute encore tièdes…

 

Respirer le minerai

 

L’endroit s’impose comme le témoin rêvé d’une industrie de la démesure. Le panorama qu’il offre est aussi spectaculaire qu’une lignée de gratte-ciel. A la fin des années 80, alors que l’Allemagne prépare sa réunification, la Sarre n’attire guère les investissements fédéraux. Démolir la Völklinger Hütte aurait coûté plus cher que de la conserver. Une bénédiction.

Une association d’anciens du site, Initiative Völklinger Hütte, assure immédiatement la surveillance et la sauvegarde du bâti. Depuis, rien n’a bougé. La visite des lieux n’en est que plus passionnante.

 

Ici, l’usine d’agglomération de minerai ouvre ses portes : la poussière ferreuse est restée, son odeur aussi.

Là, le bâtiment de la soufflerie, qui alimentait en air comprimé les hauts fourneaux, semble droit sorti d’une description de Zola : « ses machines de soufflement du gaz abritent les plus grands moteurs à piston jamais construits », glisse le guide Detlef Jungmann, qui fait visiter l’endroit depuis quinze ans.

 

 

 

Pour les plus curieux

 

Ici et là, au milieu d’un incroyable enchevêtrement métallique, d’une délicieuse jungle d’acier et de briques, le visiteur se perd à l’envie parmi les étapes de production de fonte. Seul points de repère, ces hauts fourneaux qui défient la gravité jusqu’à près de trente mètres du sol.

Avant, huit fois par jour, il en sortait plusieurs centaines de tonnes de fonte liquide et bouillante. Après, le visiteur du XXIe siècle peut toucher, analyser, imaginer en fonction.

 

Mieux, l’itinéraire de visite permet de grimper au beau milieu de ces géants de tôle. Direction la plate-forme du gueulard, où les matières premières étaient plongées dans les hauts fourneaux.

« De là-haut, les silos de minerai, les préchauffeurs et les cheminées d’évacuation complètent un panorama unique », assure Detlef Jungmann. Confirmé ! Noyée dans le dédale de tuyaux récupérateurs de gaz, la descente est aussi saisissante que la montée.

 

Jardin botanique

 

De retour au niveau de la Sarre, d’où arrivait le minerai de fer lorrain et repartait la fonte, il est temps de pousser l’expédition vers l’arrière du site. La rivière, justement, s’écoule paisiblement.

La Völklinger Hütte a encore une surprise à dévoiler : sa cokerie désaffectée. Utilisé comme combustible pour produire de la fonte, le coke prenait vie dans une série de grands fours.

 

L’ensemble de ces installations est désormais un lieu de promenade, où la végétation prend doucement mais sûrement le dessus sur l’emprise industrielle.

« Bienvenue au paradis », sourit le guide.

Das Paradies, c’est effectivement le nom donné à cet improbable espace où un expert botaniste a, l’an dernier, repéré plusieurs variétés de plantes rares.

 

Monte-charge vedette

 

Ne reste plus qu'à revenir sur ses pas, ou à déambuler dans la verdure de la friche. Un léger regret pointe : sur un complexe qui a tout de même vu s’échiner jusqu’à 17.000 salariés dans les années 60, les traces de vie de ces travailleurs ne sont pas légion. Ici, les témoins de l’activité, ce sont avant tout la machinerie et le bâti. Dommage. Retour au terrain.

Immanquablement, le regard se porte à nouveau sur l’amas métallique le plus surprenant de Völklingen, ce monte-charge incliné à 45 degrés, achevé en 1918. Detlef Jungmann : « Il vient de faire l’objet d’une importante rénovation, à grands coups de peinture réparatrices et protectrices ».

Là comme partout sur le site, la rouille grignote du terrain. Les petites interventions se multiplient pour sauver le vaisseau. Afin que les 200.000 visiteurs continuent d'en prendre plein les yeux en voyageant dans le passé sidérurgique de Völklingen. Longue vie à ce témoin majuscule de la culture industrielle...

 

VISITE EN IMAGES

 

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